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3 questions à Hélène Noesmoen

10/10/2019

Française qui évolue au plus haut niveau en RS:X depuis quelques années, Hélène Noesmoen faisait partie des 20 concurrents sélectionnés afin de participer la semaine dernière en Italie au processus de test du futur support olympique en windsurf, les fameux Sea Trials. Ayant signé en amont de l’épreuve un accord avec la World Sailing qui lui interdit de divulguer les résultats définitifs, elle nous livre ses impressions sur cette riche semaine et les enjeux de cette période de sélection… 

 

Windsurfjournal.com : Comment résumerais-tu cette semaine à Torbole, comment s'est-elle déroulée ?
Hélène Noesmoen : Pour résumer la semaine, je dirai que c'était une semaine riche, tant à terre que sur l'eau. Nous étions 20 athlètes de 18 pays, 10 hommes et 10 femmes. La majorité issue du circuit olympique actuel, et quelques slalomers/slalomeuses, avec une variété d'âge, d'année de pratique et de gabarit. Nous avons navigué tous les jours, dans des conditions variées, de 5 à 25 nœuds, sur un plan d'eau plat et parfois clapoteux. Nous avons tous navigué sur tous les supports proposés. Vu la diversité des supports, nous avons comparé ce qui était comparable, c'est à dire les supports conventionnels ensemble (RS:X et Glide) et les supports volants (iFoil, WindFoil1 et FormulaFoil) ensemble. Sur l'eau, c'était principalement des manches, sur des parcours bananes classiques, mais aussi sur des slaloms dans les vents faibles. En effet, dans le cas de choix d'un support à foil, des parcours slaloms sont envisagés pour pouvoir courir dans la plage de vent la plus faible. Indépendamment du choix de matériel, il y a également une remise en question des formats de course pour 2024, pour des raisons d'exposition médiatique et d'attractivité notamment mais ces questions seront revues un peu plus tard. Le comité d'équipement de la World Sailing était sur l'eau avec nous. Avant de participer aux trials, je dois avouer que j'avais l'image de personnes plus proches des débats politiques que de la réalité du terrain et du quotidien des athlètes. Mais ce n'était pas du tout le cas et les membres du comité d'équipement étaient vraiment à l'écoute des athlètes et très intéressés par nos retours, même les plus techniques. Entre chaque manche, on discutait avec eux et entre athlètes de nos impressions à chaud sur le matériel, puis on changeait de matériel pour la manche suivante. Après les manches, on prolongeait les navigations par de longs "speed test", car il y avait beaucoup de paramètres différents qui influençaient les sensations, et on essayait au maximum d'évaluer les paramètres un à un. Vu le cadre de navigation exceptionnel, on n'avait qu'une envie, c'était de continuer à naviguer, alors ça tombait bien ! Une fois à terre, on échangeait sur le matériel testé dans la journée, en répondant à des questions très ciblées du comité d'équipement, mais aussi en partageant nos sensations. Ces moments étaient très intéressants, et le fait d'avoir des athlètes de différentes nationalités et d'expériences de navigation variées a alimenté les débats. Humainement c'était très riche ! Tous ces échanges permettent vraiment de prendre du recul sur sa propre pratique. Et malgré toute cette diversité, après quelques jours de tests et de discussion, les avis étaient assez convergeant. Pendant la semaine, on a également eu la présentation détaillée des différents supports potentiels par les représentants, notamment sur les thématiques de prix, de distribution, de contrôle des produits, d’ouverture à plusieurs fabricants, de possibilités d'évolution du matériel dans le temps, filières jeunes, de facilité d'accès des nations émergentes sur le circuit olympique... Suite à ces présentations, nous avons eu la possibilité de questionner les représentants, d'exprimer ce qui nous gênait dans chacun de leur modèle, et de les mettre face à nos réalités d'athlètes. Très souvent il y a une distance importante entre les représentants et les coureurs. Leurs préoccupations commerciales sont bien éloignées de nos préoccupations sportives. C'était donc une chance de pouvoir les mettre face à nos problématiques d'athlètes, et j'espère que cela aura un impact quel que soit le support choisi.

 

WJ : Quelles sont les grandes tendances qui se sont dégagées sur l'eau ?
HN : Je ne vais pas pouvoir en dire plus sur les tendances qui se sont dégagées. Mais le rapport du comité d'équipement sera publié très prochainement, la semaine prochaine il me semble. Un peu de patience et vous saurez tout !

 

WJ : En tant qu'athlète RS:X, comment vois-tu cette dualité planche à dérive/foil, que t'inspire-t-il ?
HN : D'abord en tant qu'athlète RS:X je pense qu'il est important de mettre les choses dans leur contexte. On a de grosses difficultés actuellement concernant le matériel RS:X, principalement sur sa qualité, sa fiabilité et sa distribution, qui sont loin d'être à la hauteur de ce que l'on peut attendre d'un fournisseur de matériel olympique, ni du prix auquel on paye ce matériel. D'où un certain "ras le bol" qui se généralise chez les coureurs RS:X. Pour ma part, j'ai choisi de pratiquer la RS:X car le circuit olympique est selon moi le plus exigeant et intéressant sportivement en planche à voile. C'est bien connu, la RS:X n'est pas le support le plus fun mais les qualités techniques, physiques et tactiques nécessaires rendent le support très intéressant. Le fait d'avoir le même matériel quelles que soit les conditions et de devoir trouver les solutions pour s'adapter me plaît particulièrement. Le niveau et la densité de la flotte en RS:X sont vraiment exceptionnels à l'international. Au niveau national en revanche, et bien que la France soit une des plus grosses nations en terme de coureurs RS:X, il y a seulement une dizaine de fille et une vingtaine de garçons séniors à pratiquer la RS:X... Pour moi cela reflète le fait que la RS:X est très éloignée de la pratique actuelle du planchiste amateur passionné qui fait de la vague, du slalom, de la raceboard sur des planches plus longues ou de la planche à foil. Dernièrement la raceboard a connu un regain de pratiquants sur les régates avec la classe Windsurfer. Les régatiers potentiels sont là mais ils ne feront jamais de la RS:X... Côté foil, le développement de la pratique est énorme. En France, on a la chance d'avoir de nombreuses marques qui développent les foils. Ça permet d'avoir déjà un marché de l'occasion alors que les foils sont récents. Ça rend le foil plus accessible alors que c'est sûrement le plus gros frein à cette pratique. Je navigue principalement à Brest, et ce que j'observe depuis un an c'est que le foil a ramené un très grand nombre de pratiquants à l'eau, il y a bien souvent la queue à la calle ! Les créneaux de navigation se multiplient pour ceux qui attendaient un bon 15 nœuds pour sortir en slalom. Toutes les petites brises thermiques deviennent exploitables. Le foil amène des sensations et un renouveau qui séduisent beaucoup de pratiquants. Sur les régates de ligue du dimanche, on peut vite avoir 30-40 foilers. Après dans la dualité planche à dérive/foil, il y a beaucoup de choses à prendre en compte, et autant de points de vue différents. La planche à dérive en compétition, c'est la sécurité de courir tous les jours ou presque. C'est une pratique qui a déjà fait ses preuves, qui est répandue au niveau mondial. Il y a un grand nombre de nations représentées sur les championnats du monde, des filières jeunes bien développées. C'est ce qu'il y a de plus simple pour les fédérations, notamment dans les pays où il y a peu de foil. Mais c'est une pratique qui se veut conservatrice dans un sport qui évolue et où les supports sont régulièrement remis en cause. Un des gros risques liés au fait de rester en planche à dérive pour les JO de 2024, c'est de ne plus avoir de planche à voile du tout aux JO de 2028... De l'autre côté de cette dualité, ce qu'on observe en France, c'est que le foil apporte un regain de pratiquants qui fait un bien fou à notre sport. Au niveau visuel c'est plus attractif, les promeneurs sur le polder de Brest sont émerveillés en regardant les foilers naviguer. Mais le gros challenge du foil, c'est d'arriver à une plage de navigation en flotte aussi étendue que celle en planche à dérive sans multiplier le matériel. Car le risque, ce serait d'avoir une semaine de régate aux J.O où le vent dépasse difficilement les 6 nœuds... Si vous avez bien suivi jusqu'ici je n'ai presque pas parlé de prix. Dans la plupart des débats sur les réseaux sociaux, ça ne parle que de ça. Plus que le prix, c'est le modèle de financement auquel il faut s'intéresser. Au bout de l'olympiade, une pratique à foil ne coûtera pas forcément plus cher que les mêmes années en RSX. Ça fait partie des choses que je n'aurai pas imaginé avant les trials mais qui ressortent en regardant en détail les propositions. Tous les supports volants proposés seront ouverts à plusieurs fabricants, y compris la monotypie iFoil, ceci dans le but d'amener des possibilités de sponsoring et d'éviter les problèmes liés à un monopole d'une marque comme l'on connait actuellement en RS:X. La licence RS:X devra également être ouverte à d'autres manufacturiers mais apparemment aucune marque ne voudrait se lancer. De mon côté, j'essaie de prendre le plus de recul possible sur la situation actuelle et l'intérêt de chaque support. J'espère permettre à ceux qui lisent cette interview de prendre à leur tour un maximum de recul. Il faut aussi comprendre que la situation que l'on connaît en France n'est pas forcément la même dans d'autres pays et certains ayant tout récemment investi pour développer la pratique RS:X chez eux ne sont pas forcément prêts à un changement. L'objectif de la pratique de la voile olympique, c'est aussi de la rendre la plus universelle et la plus équitable possible, et tous ces aspects rendent le choix compliqué ! On en saura plus début novembre, et de mon côté, je vais continuer d'ici là ma double pratique, de la RS:X pour la préparation des prochaines compétitions internationales et du foil pour le plaisir !

 

Pour en savoir plus sur Hélène Noesmoen : www.facebook.com/HeleneNoesmoen

 

Source : Hélène Noesmoen
Photos : Sailing Energy

tags: Hélène Noesmoen World Sailing Jeux Olympiques Paris 2024 Sea-Trials RS:X Glide Starboard iFoil Formula Foil Limited Windfoil1

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