3 questions à Antoine Albeau

03/11/2015

Auteur d’un temps incroyable de 53,27 nœuds le 2 novembre en Namibie sur le Lüderitz Speed Challenge, Antoine Albeau s’est confié en primeur à Windsurfjournal.com pour nous parler de cette folle journée dont la planète windsurf se remet à peine ! Interview de FRA-192 qui a vécu sans aucun doute l’un des plus beaux moments de sa carrière…

 

Windsurfjournal.com : Comment décrire cette journée du 2 novembre tellement de choses se sont passées ?
Antoine Albeau : Il y a eu 3 journées avant ce fameux lundi et dès le vendredi, ça a commencé à bien tourner. Sur le total des 4 journées, j’ai fait exactement 108 runs dont 2 pas terminés ! J’étais vraiment énervé car dès le vendredi nous avons eu du vent mais ça manquait quand même un peu, le samedi, jusqu’à 59 nœuds de vent ont été relevés au virage au départ mais les conditions étaient super difficiles. Idem le dimanche, on se faisait décaler sous le vent en un quart de seconde et on n’y voyait rien ! J’ai fait 3 runs avant d’en faire un normal au vent, près de la berge. Et lundi, nous avons eu le même vent mais avec un plan d’eau bien plus lisse… Dimanche, je n’arrêtai pas de tourner comme un fou pour avoir les bonnes rafales et mettre le plus de chance possible de mon côté alors que Patrik Diethelm a fait 6 ou 7 runs moyens et au milieu, il fait claquer un 51,77 nœuds alors que je stagnais autour des 51,20. J’avais la haine car nous étions censé avoir du vent le plus fort le samedi et le dimanche, même s’il y avait aussi une prévision pour lundi. David Lanier, le météorologue de la FFVoile et de l’Equipe de France de Funboard, m’envoyait des infos météo régulièrement et il m’avait prévenu que pour lui, le plus fort était le lundi. On n’y croyait pas trop en regardant les prévisions de Windguru et Windfinder et puis j’ai quand même demandé à Seb Cattelan d’ouvrir le canal une heure plus tôt lundi. Tellement énervé de la veille, je suis parti en 6.4 m² et j’ai fait plus de 6 runs je crois à plus de 50 nœuds, un truc incroyable déjà ! Je suis passé en 5.6 et je suis monté à 51 nœuds. J’ai d’ailleurs fait mon record en 5.6 m² et je suis passé enfin en 5.2 m² tellement c’était fort !!! Il y a des vidéos que j’ai pu visionner hier soir, j’en avais la larme à l’œil tellement c’était fort en émotion… Personne ne peut s’imaginer ce qu’il s’est passé, il fallait être là pour voir !

 

WJ : Du fait de la rudesse des conditions, seuls Patrik Diethelm et toi avez été capables de naviguer presque toute la journée sur le canal… ?
AA : Oui, d’ailleurs nous nous sommes fait la même réflexion en fin de journée, par moment, nous rentrions dans le run sans savoir où nous allions vraiment !!! On découvrait le canal au fur et à mesure qu’on avançait, comme si on roulait dans le brouillard. C’est un truc de fou !!! C’était chaud et dangereux par moment, je me suis fait une frayeur, sans gravité heureusement, en touchant le bord du canal lors d’une arrivée… On a juste fait une pause d’une heure lorsqu’il y a eu la chute de Martyn Ogier et qu’il n’y avait plus d’ambulance sur le site, on s’est dit que c’était quand même chaud. Ce n’était pas fermé mais si tu te m’étais un râteau, il n’y avait plus rien pour te secourir et te transporter et puis le vent était un peu moins fort. En fin de journée, je suis reparti et j’ai encore fait un run à plus de 53 nœuds, un vrai truc de malade !

 

WJ : Au-delà de l’incroyable performance sportive, on a le sentiment que ça a été une journée très forte pour toi d’un point de vue personnel ?
AA : J’ai eu des sensations que jamais je n’ai eu en windsurf ! Le plus impressionnant, c’est dans le virage au départ, juste avant d’attaquer le run, tu prends des jets, c’est un truc de fou !!! Je n’ai jamais été compressé autant que ça dans mon harnais. Le wishbone, tu te dis heureusement que c’est un truc asymétrique et renforcé parce que sinon il va éclater sous la pression. Ma voile a même commencé à se déchirer au-dessus de l’œillet tellement il y avait de force et de puissance. C’était à la limite de l’explosion pour le matériel ! Les runs à 51 nœuds, on est sur l’aileron, on essaie de lifter un peu la planche, là à plus de 53 nœuds, il faut juste tenir, tu mets la planche à plat et ça part comme une balle. Un autre truc, ces runs à 53 nœuds, c’est fou comme ils passent vite, tu rentres à peine dedans et c’est déjà presque fini, c’est dingue ! Je crois que c’est la journée la plus incroyable de ma carrière avec mon précédent record sur le canal des Saintes-Maries-de-la-Mer en 2008. Ce sont les 2 plus grosses journées de ma vie ! C’est quelque chose de difficile à décrire… Pour aller chercher maintenant les 54 nœuds, il va falloir s’accrocher et avoir des journées apocalyptiques. A certains moments de la journée, j’étais le seul à pouvoir passer… Avant je pouvais dire qu’il y avait un certain nombre de gars qui pouvaient faire 52 nœuds, maintenant, aller chercher les 53/54 nœuds, on est beaucoup moins nombreux à pouvoir le faire. Je pense qu’un gars comme Cédric Bordes, avec qui je m’entraine souvent, aurait pu passer mais ça va sérieusement restreindre le nombre de prétendants aux 100 km/h !!! Je suis heureux car c’est un coup de poker que j’ai joué en participant à cette épreuve alors que je pourrai me préparer pour la finale PWA de slalom en Nouvelle-Calédonie, ça aurait été terrible de rester là 1 mois pour rien au final. Lors de mon 1er run lundi après avoir battu mes 52,05 nœuds, j’en avais les larmes aux yeux tellement j’étais content !!!

 

Pour en savoir plus sur Antoine Albeau : www.antoinealbeau.com

 

Source : Antoine Albeau
Photos : Lüderitz Speed Challenge

tags: 3 questions à Antoine Albeau Lüderitz Speed Challenge

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