En juillet dernier, le Français Tom Arnoux faisait sensation lors de l’iQFOiL World Championship à Aarhus au Danemark en décrochant la médaille d’argent sur la compétition la plus importante de la saison dans la classe olympique. Quelques semaines plus tard, le pensionnaire du Pôle France Voile de Marseille et licencié au Yacht Club de la Pointe-Rouge revient sur sa performance au micro de Windsurfjournal.com.
Windsurfjournal.com : Tom, cette médaille d’argent au championnat du monde iQFOiL marque un tournant dans ta carrière. Que ressens-tu avec un peu de recul, maintenant que la pression est retombée ?
Tom Arnoux : Oui, cela fait quelques semaines que ce championnat est terminé et que la pression a pu redescendre. Je ne réalise pas encore la performance et cela ne m’a pas changé dans ma façon de faire et ma façon d’être. Je profite de l’après-régate et je prépare les plans pour la suite et les prochains objectifs avec le championnat de France et les championnats d’Europe en novembre…

WJ : Tu as commencé la semaine très fort avec beaucoup de régularité. Qu’est-ce qui t’a permis de maintenir un tel niveau de performance dès les premiers jours de compétition ?
TA : J’ai commencé en effet la semaine aux avant-postes, car nous avons vraiment bien travaillé en amont. Nous avons passé quasiment un mois et demi sur place pour s’entraîner, quadriller le plan d’eau et faire des régates entre nous pour s’imprégner des conditions et des spécificités du spot. J’ai fait aussi un gros travail avec la préparation mentale, la préparation physique et les entraîneurs pour être prêt dès le jour J. L’objectif était d’aligner au maximum les planètes et nous avons réussi à le faire dès les premiers jours. C’était sympa de trouver la recette de la réussite.
WJ : La journée des Medal Series a été particulièrement intense. Peux-tu nous raconter ce que tu as ressenti lors de ta qualification en finale, puis pendant ces deux courses décisives ?
TA : C’est vrai que cette journée a été intense et elle restera gravée à vie dans ma mémoire. On a vécu beaucoup d’émotions, très fortes, ainsi que de très bonnes sensations. Je suis arrivé en septième position et je devais disputer les quarts de finale, les demis puis la finale. En quart, j’étais assez détendu, car j’avais atteint pas mal d’objectifs durant la semaine. J’étais confiant, quelle que soit la suite… J’y suis allé pour le plaisir et pour donner le meilleur de moi-même. Je gagne ces quarts, c’est une immense joie avec mon coach Pierre Loquet ! C’était assez fou de partager ça ensemble. En demi-finale, rebelote, et là j’ai un cran de pression qui tombe, je n’ai plus de stress, car j’ai accompli tous mes objectifs comme d’être dans le top 6 et de pouvoir intégrer l’Équipe de France. Je passe les demi-finales en deuxième position. Et en final, tant qu’à y être, autant tout donner vu que l’on est tellement proche du podium ! Personne ne refuse une médaille sur un championnat du monde, je me suis concentré à fond sur mes qualités et mettre tout ce que je pouvais au service de ma performance. Cela s’est déroulé d’une manière assez automatique et naturelle où je gagne la première finale et je gagne donc une étoile qui me remet à égalité avec le premier de cette épreuve. Sur la deuxième, je suis un peu entamé malgré tout, nous avons fait une grosse semaine avec une dernière journée intense et je perds au combat sur le dernier bord de près après une grosse bagarre avec Andy Brown.

WJ : Tu parles d’un "état de flow" durant la finale. Est-ce un état que tu arrives à reproduire souvent en compétition, ou était-ce vraiment exceptionnel ce jour-là ?
TA : Oui, cet état de flow, c’est quelque chose sur lequel je travaille depuis un petit moment. C’est un travail que je réalise avec mon préparateur physique et mon préparateur mental ainsi que mes entraîneurs. J’essaie d’y travailler au quotidien, tout sportif recherche ce type de sensation. J’ai eu la chance de pouvoir le déclencher volontairement lors de cette dernière journée de course au Danemark. Le but est de le reproduire autant de fois que possible.
WJ : Malgré la frustration de manquer l’or de peu, tu sembles avoir pleinement conscience de l’importance de cette médaille. En quoi cette performance change-t-elle ton regard sur la suite de ta carrière ?
TA : La médaille d’argent, ce n’est pas la médaille d’or, c’est vrai. J’ai eu du mal à célébrer cette médaille au début, car j’ai vraiment cru à la victoire ultime lors de mon parcours. Cette médaille va clairement bousculer la hiérarchie au niveau national et elle vient me mettre en confiance pour le début de cette préparation olympique. On a encore quatre ans avant les prochains Jeux Olympiques et on va utiliser cette performance pour accomplir le maximum de choses et en profiter.

WJ : Ton coach, Pierre Loquet souligne ta lucidité, ta solidité et ta capacité à exploiter ton potentiel à 100 %. Quelles qualités personnelles penses-tu avoir le plus développé ces dernières années pour en arriver là ?
TA : Avec Pierre, nous avons fait un bilan et nous avons eu beaucoup de ressentis communs sur mes qualités. Cette lucidité n’est pas sortie de nulle part, elle vient d’un long processus. J’ai plusieurs qualités qui me permettent d’être à ce niveau aujourd’hui, mais le physique ne serait pas au rendez-vous s’il n’y avait pas le mental aussi. Je mettrai en avant comme première qualité, c’est volonté de vouloir gagner qui me permet de me positionner à ce niveau.
WJ : Avec cette médaille et ton intégration dans l’Équipe de France, les regards vont se tourner vers toi pour Los Angeles 2028. Comment te prépares-tu mentalement à cette nouvelle dimension et que sais-tu de ce plan d'eau en Californie ?
TA : Cette médaille ne m’a pas changé, cette intégration en Equipe de France, c’est quelque chose que je réalise doucement. C’est sûr que je vais avoir un peu plus de pression de la part de mon entourage sportif pour pouvoir réitérer ce genre de performance. Je vais rester sur mes objectifs de travail, dans le même cadre, avec les mêmes personnes qui m’entourent pour continuer à progresser et à aller chercher cette qualification. Le chemin est encore long, il y a moins de quatre ans avec les sélections. Il peut encore y avoir du chamboulement. J’ai fait une performance, il faudrait que j’en fasse une autre avant les JO. Il faut rester concentré. Pour ce qui est du plan d’eau de Los Angeles, la FFVoile a fait le choix de ne pas y aller cette année. Nous sommes en 2025, il y a encore deux bons étés avec LA2028. Je sais que l’on s’y rendra l’an prochain, en attendant, nous avons trouvé un spot de repli en France, à Lorient. La configuration du plan d’eau est assez similaire à celle de Los Angeles, d’ailleurs, nous avons même appelé l’endroit "Lorientgeles" ! Nous y allons petit à petit, nous essayons de nous imprégner des qualités techniques et spécifiques du spot. Il y a encore beaucoup de travail à faire sur place !
Source : Tom Arnoux
Photos : Sailing Energy/iQFOiL Class