À Leucate dans le sud de la France du 22 au 26 avril, le Mondial du Vent accueillait les IFCA Slalom Worlds Fin & Foil, une épreuve qui s’est déroulée dans des vents inhabituellement faibles, avec une Tramontane tardive en fin de semaine. Vainqueur en foil et quatrième en aileron, Pierre Mortefon revient sur cette épreuve et ses résultats au micro de Windsurfjournal.com.
Windsurfjournal.com : Pierre, tu remportes ce titre mondial en foil dans des conditions très marginales. Est-ce que tu peux nous détailler ce qui a fait la différence dans 9 à 14 nœuds avec de la houle, là où beaucoup ont eu du mal à enchaîner ?
Pierre Mortefon : C'était une grosse houle, ça allait vite mais il y avait moyen de faire des erreurs. Et derrière ça a un petit peu changé, avec un vent un peu plus sud-est, un peu plus léger encore et toujours du clapot et de la houle. Le dernier jour, nous avons fini sur du tout plat par contre et ça a changé un petit peu la donne. Globalement, j'allais bien dans ces conditions et dès le début j'ai vu que ça marchait bien. Après c'est vrai que c'est des conditions agitées qui laissent de la place pour les erreurs. Ce n'est pas toujours facile de contrôler la puissance durant le jibe et puis aussi d'avoir le bon timing avec la houle. Des fois tu l'as, des fois tu ne l'as pas et ça, ce n'était pas toujours facile, mais c'était très important.
WJ : Tu gagnes dès la première élimination et tu restes solide ensuite, malgré un format très court. À quel moment as-tu compris que le titre était jouable, voire en ta faveur ?
PM : C'était super de gagner la première manche. Dans tous les cas, c'est super parce que celle-là c'était la première de l'année, tu regardes beaucoup, tu ne sais pas trop. Du coup moi j'étais tout de suite dedans et j'ai vu que ça marchait bien. Ensuite ça n'a pas mis longtemps à se retrouver dans une bataille assez classique avec Matteo Iachino au premier bord. J'arrive à mettre le nez devant juste avant la bouée, mais il tient longtemps, longtemps. On fait un jibe pas fantastique et du coup je reste devant mais c'était chaud dès la première manche. Ensuite, ce n'est pas tant le format qui était court, c'est plus les conditions, on savait pas trop à quelle sauce on allait être mangé. Le premier jour, quand tu finis les inscriptions, tu te dis bon bah ce n’est même pas sûr qu'on fasse une manche. Et en fait on est allé tous les jours sur l'eau, on a fait tous les jours un peu des courses. Donc ça a avancé doucement, mais voilà, on a fait quand même quelques courses. Ensuite dès le début, dès cette victoire, tu te dis bon bah voilà, on n'est pas là pour jouer derrière et quand tu commences avec une manche de premier, forcément c'est plus facile.
WJ : On a vu des écarts importants au classement avec des rebondissements jusqu'à la dernière manche. Est-ce que tu as adapté ta navigation en fonction de tes adversaires directs ou tu es resté focalisé uniquement sur ton plan ?
PM : Ce n'est pas évident de dire que j'ai adapté ma navigation par rapport à tout ce qui s'est passé, aux rebondissements et tout. D'autant plus qu'en IFCA, il y a une petite particularité qui est différente de la coupe du monde, c'est que la première discard arrive plus vite, elle arrive à 3 au lieu de 4. En fait, ça change un peu la donne parce que ça pardonne plus l'erreur. En fait, très rapidement, Amado Vrieswijk est revenu dans le match dès qu'il a pu discarder sa première manche par exemple et ensuite il a fait son départ prématuré, donc tu pourrais te dire oui, il y a à quoi jouer, mais en fait il y a quand même Matteo Iachino, il y a quand même Jordy Vonk, il y a plusieurs personnes qui traînent… Adapter vraiment sa navigation, je ne l'ai pas fait, à l'inverse je me suis dit que c'est peut-être celui qui le voudrait le plus à la fin qui l'aurait, donc voilà je suis resté bien focus et j'ai essayé d'exploiter au maximum ma vitesse et puis de naviguer assez safe alors que ça a pris énormément de risques sur le départ.
WJ : Le contraste est fort avec le slalom aileron disputé uniquement le dernier jour avec de la Tramontane. Comment as-tu géré ce switch quasi immédiat entre deux disciplines et deux logiques de navigation ?
PM : Oui l'aileron, c'était pas évident parce qu'au début on pensait pas trop courir. Après il y a cette fenêtre de vent qui est apparue pour le dernier jour puis elle a disparu, puis elle est réapparue. Nous étions très focus sur la 8.0 en foil et donc le dernier jour quand il y avait de la Tram’ au réveil, c'était cool, ça a quand même plutôt bien soufflé, je pense qu'on a eu des claques jusqu'à 17-18 nœuds. Je me suis même posé la question à un moment d'aller prendre ma 7.7 et ma medium donc c'étaient des bonnes conditions, rien à dire. Le switch il a été assez compliqué honnêtement. Moi j'avais l'impression d'être arrêté et c'est le feeling globalement qui ressortait de tout le monde. En foil, t'as beaucoup de glisse, tu as toujours l'impression d'aller très vite même si tu ne vas pas vite. Et là c'était un peu l'inverse au début. Après dès les premières heats, j'avais des bons petits clients et ça m'a assez vite rassuré sur ma vitesse. Et puis en fait, petit à petit, les automatismes reviennent quand même, mais c'est vrai qu'au moins il m'a fallu deux ou trois courses pour y arriver. Sur la deuxième manche qui a été lancée, là il y a tout qui commençait à bien revenir mais bon, nous ne sommes pas allés au bout, la Tram’ est tombée et on a vite re-switché en foil. Là c'était un peu plus facile, d'autant plus qu'on passait de conditions agitées des jours précédents à des conditions toutes plates et ultra faciles. Ce n'est pas évident de passer de l'un à l'autre et c'est vrai que ça faisait un moment, au moins cinq ans, que je n'avais pas fait une course en grosse planche. Il y a quelques tactiques stratégiques qui sont un peu différentes mais ça se fait.
WJ : Tu termines quatrième en aileron juste au pied du podium. Avec un peu plus de manches, penses-tu que tu avais le potentiel pour jouer la gagne aussi dans cette discipline ?
PM : Oui, l'aileron, ce n'est pas la même course, déjà on le savait, on se doutait bien qu'il n'y aurait pas 10 000 manches. Une, ce n’est pas trop mal, deux, ça aurait été mieux, ça aurait peut-être lissé un peu le classement, d'autant plus qu'il y a quand même eu des petits soucis sur les départs, dont la finale aileron, où pour moi, il y a clairement départ prématuré. Je pars un peu derrière et du coup revenir 4 après le départ que j'ai fait, ce n'était pas trop mal… Après c'est un peu frustrant mais je ne m'y arrêterai pas parce que, à l'inverse, toutes les manches de qualification et même cette finale, j'ai vraiment une très très grosse vitesse sur la grosse planche et la grosse voile, j'avais 138 litres et 8.4 m². Le matos, il marchait super bien, les automatismes, ils revenaient bien à la fin, donc clairement il y a de quoi jouer et bien devant.
WJ : C'était aussi une de tes premières grosses échéances avec ton nouveau matériel qu'est-ce que tu retiens de ce premier test grandeur nature en compétition, notamment le foil dans le vent léger ?
PM : C'est une petite particularité, et quand même pas des moindres, c'était la première compétition en North, chose qui met un peu de pression parce que c'est un gros changement. Cela a occupé mon hiver tant sur le plan de la navigation que dans mon esprit, on va dire de manière générale. Tu as envie de bien faire. J'avais pas mal navigué avec tout ce qui est proto et présérie, mais j'ai eu mes voiles de production assez tard. C'était un peu la même chose pour tout le monde. Voilà ce que j'ai à retenir, c'est que le matos marche super bien, que ce soit en aileron ou en foil. Dans les conditions qu'on a rencontrées, j'étais parmi les plus rapides et Amado Vrieswijk, mon collègue de team, l'était aussi. Donc on a montré que ça jouait devant. Et puis à côté de ça, il y a quand même une petite fierté quand tu montes sur le podium. Tu penses aux gars qui t'ont fait confiance, moi je leur ai fait confiance, on s'est fait confiance cet hiver et commencer comme ça c'est top. Après la route est longue mais la motivation est récompensée…
WJ : Après ce titre mondial en foil et une performance solide en aileron, est-ce que cela repositionne clairement tes ambitions pour 2026 avec un objectif de domination dans les deux supports ?
PM : Globalement oui. Ce sont de bons résultats, l'aileron aurait pu être un peu mieux, le foil c'est top. Je ne dirais pas que ça repositionne vraiment mes objectifs car ils étaient clairs déjà même avant l'événement. Sur la coupe du monde PWA, l'idée est de reprendre les deux titres. Faire un triplé en aileron d'affilée, ce serait énorme et puis en foil clairement il y a la place là. J'ai du super matos dans le vent léger, c'est confirmé. Je sais que dans le vent plus fort, ça sera bien, les voiles de foil sont top. Il y a une nouvelle planche de foil chez FMX, une nouvelle taille, il y a vraiment un gros potentiel. J'ai hâte d'y être. L'idée qu'on s'est fixée tous ensemble avec les sponsors, c'est de ramener ces deux titres.
Source : Pierre Mortefon
Photo : Photo Sport Normandy