Pierre Mortefon, l’interview

21/08/2026

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Pierre Mortefon ne s'avoue jamais vaincu et il a une nouvelle fois démontré ses qualités de champion lors de la dernière journée du Fuerteventura Grand Slam en juillet dernier. Le double champion du monde PWA 2024 et 2025 en Slalom X paie le prix d’un départ légèrement plus lent que son adversaire de toujours, Matteo Iachino. Au micro, FRA-14 revient sur sa prestation à Sotavento entre déception, satisfaction et regard tourné sur la deuxième partie de saison…

 

Windsurfjournal.com : Tu termines vice-champion après avoir remporté les deux derniers titres. Avec quelques jours de recul, est-ce que cette deuxième place est davantage une déception ou la satisfaction d'avoir réussi à revenir dans la course jusqu'à la dernière manche ?
Pierre Mortefon : C'est un bon mix des deux puisque bien sûr il y a de la déception. L'objectif, c'était de gagner un nouveau titre, de faire le triplet d'affilée. Il y a une petite statistique qui est sortie avant l'épreuve. J'avais gagné 40% des courses en Slalom X depuis que cette discipline avait été lancée. Donc voilà, terminer deuxième ce n'était pas ce que j'étais venu faire, d'autant plus que j'ai eu des navigations un peu difficiles, des départs surtout un peu compliqués au début. Et ce qui peut être frustrant, c'est qu'avec la vitesse que j'avais, il y avait largement la place de gagner. Après c'est la compétition, c'est le haut niveau, c'est la coupe du monde. Matteo Iachino a eu un départ quasi parfait. Et là où, à l'inverse, je suis fier et content, c'est que malgré tout, je n'ai pas lâché. Et il y a une partie un peu impossible.

 


WJ : Tu remportes trois des quatre dernières éliminations. Est-ce que tu avais l'impression d'être le plus rapide sur la fin de l'épreuve, ou Matteo Iachino restait-il malgré tout un cran au-dessus cette semaine ?
PM : Comme je l'ai dit avant, j'ai eu une super fin d'événement. Et c'est d'ailleurs quelque chose que j'ai gardé en tête. Je savais que l'année d'avant, ça avait été assez serré jusqu'aux deux derniers jours où j'avais eu presque copie parfaite. Et là il se repasse à peu près la même chose. Donc à moi de bosser un petit peu peut-être sur l'entrée de l'événement, quoique j'ai deux places de 2, ce n'est pas non plus une catastrophe. Je pense que j'étais plus rapide, mais il a juste mieux régaté, surtout au début. Et voilà, ça fait partie de la course.

 

WJ : Les conditions ont été particulièrement violentes avec plus de 40 nœuds, du clapot et de la houle. En quoi ce Slalom X de Fuerteventura a-t-il été différent de toutes les autres étapes que tu as disputées dans ta carrière ?
PM : Oui, niveau conditions, on a été gâtés. Je pense que c'est assez ressorti sur les lives et les réseaux sociaux, même si je trouve qu'après avoir tout regardé, on ne voit pas vraiment ce qui se passe à 100% sur l'eau. L'avant-dernier jour, je pense que c'est quasiment les conditions de course les plus dures que j'ai rencontrées. Parce qu'il y a vraiment une combinaison de 35-40 nœuds plus, le clapot habituel à Fuerteventura est très difficile, et là, cette semaine de course, on a eu une entrée de houle significative. Franchement, le spot, il ressemblait plus à un spot de vagues qu'à un spot de slalom. Tu rajoutes à ça les petites particularités qui n'étaient pas forcément toujours utiles d'ailleurs, puisque les conditions étaient déjà suffisamment dantesques pour offrir du spectacle. Bref, c’étaient des conditions très dures. Après, ce que je retiens, c'est qu'il n'y a que des retours ultra positifs de l’épreuve. C'était excitant, c'était cool à suivre, c'était beau.

 


WJ : Le Slalom X demande aujourd'hui autant de qualités physiques que techniques. À quel point ce type de compétition pousse-t-il les coureurs dans leurs limites, aussi bien mentalement que physiquement ?
PM : Pour moi, Slalom X ou pas X, c'est la même chose. Et en soi, ça demande un panel de compétences et d'aptitudes assez variées. Même si la petite particularité de cette année, c'est qu'on a couru toutes les courses avec la même voile, la même planche, le même set global. C'était tout en plus petit, une voile de 6.0 m² et une planche de 98 litres. Il faut être prêt techniquement, il faut être prêt tactiquement, il faut être prêt mentalement. D'ailleurs, je trouve que ça se voit sur les résultats un petit peu. Les deux vieux que nous sommes maintenant avec Matteo Iachino, on tient la barre plus longtemps que les autres, je trouve. Et voilà, ça montre qu'il faut être bon partout pour être bien.

 

WJ : Tu as réussi à maintenir le suspense jusqu'à la toute dernière élimination. Dans quel état d'esprit abordais-tu cette ultime course, en sachant que le moindre détail pouvait décider du titre ?
PM : Le dernier jour, quand on nous annonce deux manches, ça a semblé compliqué. Il y a certains mecs qui sont allés le féliciter et tout. Et moi il fallait que je gagne plus de deux courses pour y croire. Et c'est ce que j'ai fait quand même. Donc voilà, ça montre de la réaction. Et ça montre que c'est encore une année de plus au plus haut niveau, malgré encore une évolution avec les partenaires. Et c'est quelque chose dont je suis fier aussi parce qu'ils ont cru en moi. Et j'aurais aimé leur offrir un titre, mais je réponds quand même présent.

 


WJ : Depuis plusieurs saisons, tu fais preuve d'une remarquable régularité au plus haut niveau. Qu'est-ce qui te motive encore à aller chercher chaque victoire et à continuer de te battre pour les titres mondiaux ?
PM : C'est quelque chose dont je suis fier, cette régularité au plus haut niveau depuis maintenant quelques années. Je pense que tout le monde le sait, la compétition, j'adore ça. Et il y a quelque chose qui, une fois que tu es sur la ligne de départ, une fois que tu bagarres avec les meilleurs, fait que tu as envie d'en avoir plus. Quand ça marche, t'as envie d'en avoir encore plus. Et à côté de ça, chaque année, ça ne se voit pas forcément, mais il y a un travail de fou qui est fait l'hiver, au printemps, avant les épreuves. Il y a des moments difficiles et ce qui me drive aujourd'hui, c'est toujours cette recherche de résultats et l'envie d'être grand. Tant que je l'aurai et tant que ça m'animera, je serai là.

 

WJ : Cette étape marque la fin de ton règne en Slalom X, mais la saison est loin d'être terminée. Quels sont désormais tes principaux objectifs pour la suite du PWA World Tour et quels enseignements retiens-tu de cette semaine à Fuerteventura ?
PM : Oui, bien sûr, ça signe la fin d'un règne en Slalom X, mais je ne le vois pas trop comme ça, parce que pour moi, Slalom ou Slalom X, je le redis, c'est la même chose. Et c'est un chemin que j'ai commencé il y a 15 ans aujourd'hui, avec un premier podium mondial en 2014, un premier titre en 2019. Voilà, c'est la suite des choses. Et maintenant, on attaque la deuxième partie de saison. Le programme, en fait, il me plaît bien depuis deux ans. Depuis la séparation du foil et de l'aileron, je trouve que c'est beaucoup mieux pour les athlètes de pouvoir se préparer au mieux, de pouvoir s'exprimer comme il le faut, de ne pas avoir le cul entre deux chaises à vouloir faire de l'aileron ou du foil. Pour un profil comme le mien, de ne pas se heurter à des spécialistes qui vont faire que du foil ou qui vont faire que de l'aileron. Et du coup, on va mettre un petit peu l'aileron de côté et faire beaucoup plus de foil. Les deux sont top à faire, et je le redis une fois de plus, j'apprécie qu'on puisse distinguer les deux disciplines et que la programmation permette de le faire au mieux possible. Maintenant, j'ai une petite revanche à prendre. On va aller chercher ce titre en foil et se battre pour ça.

 

Source : Pierre Mortefon
Photos : Carter/Pwaworldtour.com

tags: Pierre Mortefon PWA World Tour Fuerteventura Grand Slam

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