Deuxième derrière Matteo Iachino en Foil Slalom cette saison, le Français Pierre Mortefon boucle une saison 2025 aussi intense que compliquée d’un point de vue matériel… Au micro de Windsurfjournal.com, il revient sur cette drôle d’année, bien décidé à remettre déjà le couvert pour l’an prochain !
Windsurfjournal.com : Après ton titre mondial en Slalom X, te voici donc vice-champion du monde en Foil Slalom... Même si tu visais le doublé comme en 2024, que t'inspire ces deux performances ?
Pierre Mortefon : Oui, l'objectif, c'était de garder ces deux titres, même si déjà la performance de 2024 était énorme, j'aurais aimé, et c'était l'objectif de base, de remporter à nouveau ces deux titres. Après, quand tu prends un peu de hauteur et que tu analyses tout ce qui s'est passé dans l'année, que ce soit sur le plan matériel. Mais aussi, j'ai été blessé et puis l'année n'a pas été des plus faciles à gérer. Je reste encore présent, ça fait un nouveau podium sur la coupe du monde, un nouveau titre de champion du monde… Quand tu prends un peu de hauteur comme je le disais, c'est une belle saison.

WJ : Tu n'as pas eu beaucoup de temps pour la prise en main des planches FMX en foil, et pourtant tu es resté aux avant-postes en Allemagne puis au Japon, qu'est-ce que cela t'inspire ?
PM : Oui, c'est clair, tu t'entraînes des hivers entiers pour connaître les matériels sur le bout des doigts, là ç'a plutôt été quelques jours au mieux pour l'Allemagne. En revanche, j'ai quand même eu un mois avant le Japon, ça allait d'ailleurs beaucoup mieux sur place, même s'il y a des choix qui auraient pu être différents avec plus d’expérience sur le matériel. Comme la dernière manche par exemple, j'ai vraiment hésité lors de la manche de vent fort à passer sur ma voile plus petite. Mais j'avais vraiment passé peu de temps dessus, je n'étais pas calé sur les puissances de foil, etc… Donc j'aurais aimé avoir un peu plus de temps. Néanmoins, c'est quand même une bonne performance en ayant cette connaissance du matos.
WJ : À Yokosuka, l’enjeu du titre mondial était encore là. Comment as-tu géré ta stratégie de course sachant qu’au vu des conditions durant la semaine, tout pouvait basculer ?
PM : Oui, Yokosuka, ç'a été particulier à gérer, alors bien sûr, j'avais encore le titre en tête, mais je savais qu'il fallait une belle faute de Matteo Iachino qui a quand même été super consistante tout au long de l'année. Mais à côté de ça, l'incertitude des conditions qui me concernaient le concernait aussi, parce que la moindre faute pouvait se payer cash s'il n'y avait pas de discard. Une élimination en demi-finale, et ça pouvait aller très vite. Et c'était le cas pour lui, mais c'était aussi le cas pour moi, que ce soit pour la deuxième, troisième, même quatrième place. Donc, je pense que ça s'est joué à l'expérience et on en a tous les deux une bonne maintenant. Et voilà, moi, j'ai essayé de ne pas prendre trop de risques au début. Petit à petit les choses se sont mises en place, mais ça pouvait aller très vite avec des conditions difficiles, une zone de lancement très piégeuse. C'est aussi la dernière épreuve de l'année où certains peuvent tenter le tout pour le tout, et ça peut toucher, donc les deux ou trois premiers jours, il fallait faire attention.

WJ : Après cette étape au Japon, quel bilan tires-tu personnellement de ce que cette épreuve t’a apporté, mais aussi en vue de tes objectifs en 2026 ?
PM : Après le Japon, le bilan est positif sur l'année, bien sûr, j'aurais aimé que tout se passe un peu différemment. J'ai eu une saison compliquée, fatigante physiquement. Se remettre d'une blessure, ce n'est pas toujours évident, et c'est coûteux. Et puis même, ç'a commencé tôt, et ça finit tard dans l'année, donc physiquement fatigant et mentalement assez éprouvant. Je suis super fier de ma gestion de l'été, parce que j'ai été solide quand il a fallu l'être, et même avant Sylt, et après. Je pense que sur la fin, ça pêche un petit peu en fraîcheur mentale, mais bon, c'est normal. C'est une saison ultra-formatrice, et j'ai réussi à passer la plupart des épreuves, donc ça ne fait que du bonus pour la suite maintenant.
WJ : En regardant la concurrence : Johan Søe gagne les épreuves en Allemagne et au Japon, mais il rate le titre en raison de son absence en Guadeloupe. Comment évalues-tu sa performance et qu’est-ce que cela t’a appris pour la suite ?
PM : C'est très bien que tu me poses la question, parce que bien sûr Johan Søe, on ne peut pas lui enlever ses performances sur ses deux épreuves. C'est un mec qui est très fort, rapide, physiquement au point et bien solide dans la tête. Après, je pense que mine de rien, alors ça ne fera pas beaucoup de différence, mais peut-être que le jour où il jouera la saison entière, ce sera un peu différent, parce que néanmoins. Matteo Iachino et moi par exemple, on avait la pression sur le résultat final. Donc, tu ne prends pas les mêmes risques sur les départs et autres, et d'ailleurs les deux premiers départs des deux premières finales, il part super bien en bas tout seul. Il y a des choses pour lesquelles, c'est un très gros concurrent pour le titre, après, il y a sûrement deux ou trois petites choses qui peuvent changer si tu rajoutes la pression du titre annuel. À côté de ça, il a été le meilleur sur ses deux épreuves. Je me suis entraîné avec lui cet hiver, il était présent, il était fort. Après, ce qu'il ne faut pas oublier non plus, et ce n'est pas du tout une excuse de notre côté, c'est qu'il bénéficie d'un support important de la fédération danoise avec sa participation en iQFOiL. C'est quand même proche ce qu'on fait. Il a un entraîneur au quotidien, il a une vraie structuration autour de lui. Nous, on a eu la chance d'avoir des stages tout au long de l'année, mais voilà, pour lui ce n’est clairement pas un désavantage de faire de l'iQFOiL.

WJ : Ta saison 2025 a été particulièrement chaotique en raison de ta blessure au printemps, mais aussi des déboires de ton ancien partenaire Phantom Foiling. Quel regard portes-tu sur ces semaines qui ont dû être compliquées ?
PM : Oui, c'était une année chaotique, c'est clair qu'on peut appeler ça comme ça. Pour revenir rapidement sur la blessure, j'apprends, je n'ai pas été énormément blessé dans ma carrière et là, c'est l'envie de trop bien faire qui a fait que je me suis blessé. J'ai beaucoup navigué à Gruissan avant le Défi Wind en mai, j'avais des gros objectifs sur cette compétition qui me plaît, j'avais envie de bien faire et j'ai trop fait pour bien faire. Ensuite l'histoire du matériel, je ne peux pas faire beaucoup mieux, ça m'est tombé au pire moment. Et d'un autre côté, je n'ai pas eu le temps de tergiverser. Il a fallu trouver des solutions vite et puis se mettre dedans, peut-être que c'était mieux comme ça. Et voilà, je pense qu'à côté de ça, c'est d'une part, très formateur et, d'autre part, ça montre quand même un certain caractère.
WJ : Tu as maintenant 36 ans, quels sont tes défis pour les prochaines années : viser un cinquième titre Ou peut-être envisager d’autres projets, du coaching, du développement matériel… ?
PM : Oui, les années passent, mais c'est marrant, car bien que ça soit difficile, et de plus en plus difficile, j'aime de plus en plus ce que je fais, notamment la course. Et puis tout ce qu'il y a autour, toute cette histoire de préparation. Donc l'idée, c'est bien sûr de repartir pour un tour l'année prochaine. J'espère pouvoir mettre en place les meilleurs contrats, les meilleurs suivis et les meilleurs échanges avec mes partenaires futurs pour l'année à venir et les années suivantes. Je pense que c'est très important et ça, c'est en lien avec la suite de ta question. Bien sûr, je commence aussi à avoir une belle expérience sur la recherche et développement dans le matos, j'ai commencé d'ailleurs à être réintégré là-dedans sur les planches et c'est intéressant. Le coaching ça m'intéresse aussi, mais un peu plus dans le format compétition que ce qui se fait aujourd'hui. Après d'un autre côté, une saison pour jouer un titre mondial, ça ne laisse pas beaucoup de place et pas beaucoup de temps pour faire autre chose. En sachant que j'ai quand même deux petits enfants que j'adore voir grandir, donc voilà, j'ai une vie bien remplie et je compte continuer comme ça quelques années encore.
Source : Pierre Mortefon
Photos : Carter/Pwaworldtour.com