L’année 2025 n’a pas été de tout repos pour Pierre Mortefon. Freiné par une blessure survenue à la veille du Défi Wind, puis confronté à la fin de sa collaboration avec son précédent fournisseur de voiles, il aurait pu voir sa saison tourner court. Mais c’était sans compter sur la réactivité de NeilPryde et de son designer Robert Stroj, qui lui ont rapidement remis entre les mains un tout nouveau quiver. Quelques réglages et sessions d’adaptation plus tard, Pierre Mortefon frappait fort : victoire dès sa première course avec ce nouveau matériel, suivie d’un nouveau succès éclatant à Tenerife. Interview sur les coulisses d’un quatrième titre mondial…
Windsurfjournal.com : Qu’est-ce que ce quatrième titre de champion du monde Slalom X, acquis en 2025, signifie pour toi, dans la continuité de tes succès précédents ?
Pierre Mortefon : C’est différent ! Toujours beaucoup de satisfaction à remplir ton objectif, après l’histoire est différente, les courses aussi ! Dans tous les cas, je suis super content d’avoir remporté ce nouveau titre. C’est quand même le fruit de pas mal de travail année après année et une organisation bien ficelée.

WJ : Comment as-tu géré les complications liées aux conditions météo lors du Grand Slam Tenerife ainsi que l'attente liée à l'épreuve des vagues en même temps ?
PM : À l’expérience ! Je commence à connaître quand même et c’est souvent le cas lors des événements combinés. C’est toujours super d’être sur les événements avec d’autres disciplines, mais on connaît les risques et on sait qu’en général le slalom n’est pas vraiment prioritaire face aux vagues et autres. Après, je pensais tout de même que l’on ne naviguerait plus, car aux Canaries, tu ne te poses normalement pas trop de question niveau météo. On a aussi la chance d’avoir un bon groupe de français sur la coupe du monde avec une bonne ambiance ! Et ça, c'est un plus alors merci aux jeunes d’accepter les anciens !
WJ : Tu as remporté les deux étapes phares de la saison (Fuerteventura et Tenerife) avec un “perfect score” de deux victoires d'épreuves. Quel état d'esprit t'a permis de rester aussi dominant toute la saison ?
PM : Beaucoup d’envie, du doute, de la motivation ! Je suis aussi parti plus d’un mois alors laisser toute la petite famille, je ne le fais pas pour rien ! Après plus c’est dur plus ça motive ! Fuerteventura c’est une épreuve mythique, je voulais la gagner. Tenerife, c'est un endroit où j’ai passé du temps (et où d’autres passent encore plus de temps). Après je me suis aussi régalé à faire la course et ça, c'est important aussi !

WJ : Nous avons suivi l'épisode Phantom suivi du soutien de NeilPryde. Peux-tu nous en dire plus sur la nature de ces problèmes et sur ce soutien ? Et quel impact tout cela a-t-il eu sur ta préparation ?
PM : Je pense que tout a été dit là-dessus. Il y avait une créance de la part de Phantom vis-à-vis de la PWA. Et l’organisation a décidé de trancher et de prononcer une suspension. Me concernant c’était compliqué de se retrouver jeter dans la fosse aux lions la veille de partir à Fuerteventura. Après j’ai géré les choses en essayant de rester le plus pro possible à tous les niveaux. Ensuite j’ai eu le droit de courir comme prévu à Fuerteventura mais par contre une solution devait être trouvé pour Tenerife. Je voulais essayer de régler ça avant le début de Fuerte. Les choses se sont bien passées avec les représentants de NeilPryde et j’ai même eu la chance de recevoir les voiles en main propre du designer Robert Stroj. 1 h après la fin de Fuerteventura, j’étais déjà sur l’eau pour régler les voiles avec lui. Je suis sorti de l’eau à 20h30 et j’ai fini les bags à minuit. Merci à eux.
WJ : Quel rôle exact Finian Maynard a-t-il joué dans ta préparation mentale ?
PM : Ce n’est pas vraiment de la préparation mentale, on est plus sur de l’accompagnement. Il a tout de suite essayé de voir les solutions et de faire en sorte que j’avance dans le bon sens. Bien sûr, c'était important pour lui, car je représente aussi sa marque, mais il y avait plus que ça. Le mec est un ancien coureur et il connaît les rouages, les bons et les mauvais du milieu. On a donc bien échangé et discuté tout au long des différentes phases de cette histoire. Après quand tu te sens soutenu, tu as forcément envie de bien faire ! C’est top, il est aussi monté dans un avion pour arriver juste avant la remise des prix !

WJ : Quel a été ton moment le plus intense sur l’eau cette saison, que ce soit à Fuerteventura ou Tenerife, une victoire marquante, un retournement de situation ou une course décisive ?
PM : Il y a eu plein de moments ! Car finalement, c'était un gros mois d’action. Je pense que je retiendrai la neuvième course à Fuerteventura, lors de laquelle je prends la tête avant le dernier jibe. C’était l’une des plus dures que j’ai eu fait là-bas, il y avait un sale clapot en plus par rapport à d’habitude, le vent était fort, il y a eu de gros crashs, etc…
WJ : Comment abordes-tu la suite, un nouveau cycle de préparation, les prochains objectifs et avec quel équipement en Slalom Foil ?
PM : Je vais régler un peu tout ça ces prochains jours avant de disparaître un moment pour profiter des miens, me reposer et recharger les batteries pour la suite de la saison qui s’annonce tout aussi pimentée !
Source : Pierre Mortefon
Photos : @rafasoulart