2025 sera une année particulière pour la Française Marion Mortefon… Et pour cause, l’une des meilleures slalomeuses au monde deviendra maman dans quelques semaines ! Au micro de Windsurfjournal.com, elle revient sur cette étape importante dans sa vie, sa grossesse et sa passion pour le windsurf et pour le sport qu’elle n’a certainement pas arrêté…

Windsurfjournal.com : Comment as-tu adapté ton entraînement et tes activités physiques pour rester en forme pendant ta grossesse ?
Marion Mortefon : Pendant les 3 premiers mois, je n'ai vraiment pas changé grand-chose, à part de la fatigue, j'ai eu la chance de ne pas être malade donc j'ai pu continuer de naviguer et de faire du sport vraiment souvent, course à pied, vélo… C'était aussi l'intersaison hivernale durant laquelle habituellement, on prend une petite pause avec l'entraînement intensif, c'est plus au feeling donc cela tombait bien. À partir du 4ème mois, je n'étais pas trop à l'aise avec la course à pied, avec une baisse de performance pas très agréable, j'ai continué sur ma planche, en wingfoil, en randonnée, à vélo ou avec de petits exercices de renforcement musculaire. Ce n'est vraiment qu'à partir du 8ème mois en juin, avec la chaleur et la fatigue, que les choses se sont naturellement ralenties. J'essaye d'être active quand c'est possible, parce que j'ai toujours eu besoin de ça. Après, j'adapte en fonction des ressentis, marcher, nager, vélo et navigation tranquille.
WJ : Tu as continué à organiser des stages de coaching pendant ta grossesse. Comment gères-tu ces responsabilités, et qu'est-ce qui te motive à le faire ?
MM : Mes activités principales les dernières années étaient un mix entre compétition et coaching. Participer à des compétitions n'était pas une option, trop de risque de chutes et de contacts, la limite était plus là pour moi que physique. J'ai toujours à cœur de continuer à développer cette seconde activité de coaching/stage, et finalement, j'ai eu raison de planifier tout ça ! J'ai commencé l'année avec un coaching d'une jeune compétitrice Turque à Tenerife, des coachings à l'Almanarre et Gruissan, un accompagnement du Pôle Espoirs de Montpellier à Brest, donc plein de choses très variées et enrichissantes. J'ai été en forme pour des coachings réellement jusqu'au Défi Wind. En parallèle, j'ai suivi de septembre 2024 à juin 2025 une formation pour être certifiée en tant que préparateur mental, ainsi j’étais plutôt occupée finalement ces derniers mois ! J'ai souvent eu la capacité à me conditionner, là, je souhaitais vraiment réussir à travailler jusqu'à début juin, chose que j'ai réussi à faire sans trop d'embûches.

WJ : Rester active t'aide à maintenir ta forme physique et mentale. Peux-tu nous expliquer plus en détail comment l'activité physique te bénéficie pendant cette période ?
MM : J'ai toujours été de nature active, j’ai besoin d'être occupée, d'essayer des nouvelles choses. Etre en lien avec les gens et qu'ils prennent du plaisir sur l'eau pendant les coachings, c'est aussi hyper important pour moi, ça donne une énergie particulière. Je suis aussi convaincue que si je suis en forme, ça sert au bébé, je me suis renseignée en ce sens et il y a pleins d'études qu'il le prouve. Je me sentais bien mieux sur l'eau, au soleil, les pieds dans l'eau, à aider les gens à progresser que sur mon canapé en train d'attendre le temps qui passe. Mais j'ai eu la chance d'être en forme et je pense que ce n'est pas le cas non plus de toutes les grossesses. Après, je pense que le soutien que j'ai reçu de mon compagnon compte pour beaucoup là-dedans, c'est aussi une mise en condition pour que cela se passe bien, de la positivité et de se faire confiance.
WJ : En tant qu'athlète professionnelle avec des contrats et des engagements vis-à-vis de tes partenaires, comment gères-tu les incertitudes liées à ta carrière pendant ta grossesse, et comment tes partenaires ont-ils réagi ?
MM : Effectivement, ce fut une question durant quelques mois, mettre entre parenthèse une carrière, du coup avec des contrats annuels, cela questionne et forcément ça implique derrière qu'il va se passer des choses. J'avais pas mal d'appréhension là-dessus, mais finalement, on a trouvé des terrains d'ententes avec certains. J'ai continué à travailler notamment pour la Côte du Midi, l’Office du Tourisme autour de Narbonne pour continuer à promouvoir la région. J'ai également toujours le soutien de la marque Patrik, qui m'a permis d'avoir du matériel cette année. Je communique sur leur matériel, pendant mes coachings et mes navigations persos, j'ai aussi tenu le stand au Défi Wind et alimenter les réseaux sociaux sur cette compétition. Nous avons pour projet de faire une vidéo qui retrace cette année particulière, c'est en cours de montage ! Ils ont été vraiment bienveillants au moment où je leur ai annoncé, c'était plaisant d'avoir ce retour de Patrik et particulièrement de Karin Jaggi, qui a toujours été une de mes idoles plus jeunes.

WJ : En tant que future maman pour la première fois, comment te prépares-tu à la maternité tout en poursuivant ta passion pour le windsurf ?
MM : J'ai décidé ces deux derniers mois de grossesse de ralentir un peu le rythme, mais finalement ça s'est fait malgré moi. J'arrive à naviguer de temps en temps, mais j'essaye aussi de prendre le temps de préparer l'arrivée de cette petite fille, temps que nous n'avons pas trop pris avant. Pour la suite, je ne suis pas réellement inquiète, j'habite désormais dans le Var, donc je vais proposer de plus en plus de coachings et de cours particuliers sur demande entre l'Almanarre, La Ciotat, Six-Fours et Marignane. Egalement autour de Gruissan et Port-La-Nouvelle. J'aimerais faire plus de suivi compétition pour des jeunes en compétitions slalom ou iQFOiL. Je développe aussi mon réseau pour intervenir en préparation mentale, sujet qui me tient à cœur. Et pour les navigations, le rythme sera différent, mais l'organisation est possible ! Le futur papa sera disponible et nous avons des familles aidantes !
WJ : As-tu des conseils ou des astuces à partager avec d'autres femmes enceintes qui souhaitent rester actives ou pratiquer des sports pendant leur grossesse ?
MM : Le premier conseil, c'est de s'écouter, de ne pas prendre pour argent comptant toutes les expériences que chacun raconte. Je me suis vraiment rendue compte que tout le monde a son expérience et sa vérité, mais qu'elle n'est aucunement transposable entre les gens. Retenir que faire du sport, être en activité, favorise le développement du bébé. Je fais de la planche à voile depuis que j'ai 10 ans, c'est instinctif. Je ne me serais pas mise à faire de la moto trial au moment de ma grossesse, mais en planche, si je veux ne pas forcer, je ne force pas. Mais par contre, ç'a été hyper bénéfique pour moi de continuer. J'ai agrandi mon harnais, j'ai fait attention quand je portais mon matos, mais on est tellement habitué à forcer dans notre pratique, que ça ne m'a jamais dérangé. Pour le sommeil également, j'ai trouvé que ça jouait d'avoir fait une activité dans la journée. Pour résumer, bouger autant que possible, le temps passe plus vite !
WJ : Après la naissance de ton enfant, as-tu l'intention de reprendre la compétition en windsurf ? Si oui, quand et comment envisages-tu de reprendre ?
MM : Le terme de ma grossesse est le 4 août, je me laisse encore du temps pour décider de tout ça étant donné que les saisons recommencent en avril. Je pense que cela va changer forcément ma vie, je ne me ferme aucune porte, je verrai bien. Dans tous les cas, j'ai plein de projets en tête en cours de construction, maintenant, on verra après le 4 août, comment tout cela s'articule, ça reste une grosse surprise !
Source : Marion Mortefon
Photos : Julien Stintzy - Christian Laubaney - Défi Wind/Inna Bru