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Justine Lemeteyer, l’interview

18/12/2025

Avec vous, l'aventure continue

Après être passée à deux doigts de la correctionnelle lors de la dernière journée de compétition au Japon, Justine Lemeteyer devient finalement championne du monde PWA en Foil Slalom mi-novembre. Couronnée pour la deuxième année consécutive, elle revient avec Windsurfjournal.com sur cette couronne remportée après une saison compliquée…

 

Windsurfjournal.com : La dernière journée au Japon peut être été décrite comme un véritable cauchemar avec plusieurs chutes et une situation lors de laquelle tu pensais avoir été disqualifiée. Peux-tu revenir sur ce moment où tu es rentrée à la plage en pensant avoir raté une élimination ?
Justine Lemeteyer : C’était le pire moment pour une telle boulette, j’ai vraiment eu le feeling d’être dans un cauchemar. On était sur la finale de la course numéro quatre. Je savais que je pouvais gagner l’épreuve et le titre sur cette course. Le vent était fort, ce que j’apprécie, et je me sentais vraiment bien, en confiance. Je prends ce départ qui me semble parfait à mon timer. Je vois bien que je suis plus tôt que mes adversaires sur la ligne et là j’entends le rappel général. Je savais que si quelqu’un sautait, c’était moi. J’étais la première arrivée au comité dans l’attente de l’annonce des “over early”. Quand j’arrive au bateau, le comité me regarde et me fait une croix avec les bras avant de se retourner vers le groupe de filles et de leur dire qu’on allait relancer. Je rentre à la plage, pensant que le comité venait de me signaler mon faux départ. Arrivée sur la plage, tout le monde me fait signe de repartir au large mais c’est trop tard, la course était lancée… Le comité me signifiait donc que je n’avais pas grillé mais j’ai interprété son geste à l’opposé. Finalement, personne n’avait grillé, mon départ était parfait. J’ai vécu ça comme une injustice et un vol avant de réaliser que j’avais aussi ma part de responsabilité à ne pas avoir attendu une annonce plus officielle avant de rentrer. J’ai pu échanger avec le comité plus tard dans la journée pour qu’on explique nos deux points de vue sur la situation.

 


WJ : Cette saison ne comportait que deux étapes (Guadeloupe et Japon). Comment as-tu adapté ta préparation et ton approche stratégique pour maximiser tes chances dans un calendrier si réduit ?
JL : Avec mes différentes pratiques (iQFOiL, Slalom X et Foil Slalom), le calendrier est au final bien chargé. Ça permet de garder le rythme même quand le calendrier PWA est léger. D’un point de vue navigation, je sentais même que j’avais progressé depuis la Guadeloupe, notamment grâce aux stages Equipe de France avec les garçons. C’est au niveau motivation que j’ai eu beaucoup de mal cet été. La discipline que je préfère peine à avoir des épreuves, l’équilibre financier du projet est fragile et j'ai atteint un niveau de fatigue très important. Tout ça mis bout à bout, je pensais même arrêter ma carrière à la fin de la saison. Aujourd’hui, j’ai trouvé d’autres sources de motivation pour continuer à vivre cette vie folle mais la période estivale n’a pas été facile.

 

WJ : Tu termines la saison avec une égalité de points avec Alabau et Erzen, mais c’est le nombre de victoires sur l’ensemble des courses qui t’a donné le titre. Était-ce un facteur dont tu étais consciente avant la dernière course ?
JL : Je ne compte jamais les points pendant une régate, cela me rajoute du stress. Je préfère courir course après course sans me soucier du général. Donc après ma catapulte sur la dernière demi-finale, j’étais persuadée d’avoir perdu le titre… Je n’avais pas conscience que Blanca Alabau pouvait gagner l'événement et que, par conséquent, j’avais encore une chance au titre mondial. Quand l’équipe de la PWA est venue m’annoncer ma victoire, j’étais déjà en train de me consoler de cette deuxième place. Ça a été un vrai choc et un énorme ascenseur émotionnel.



WJ : Comparé à l’an dernier, comment juges-tu ton évolution en Foil Slalom ? Y a-t-il des aspects techniques ou mentaux qui ont fait la différence en 2025 ?
JL : J’ai eu une grosse évolution entre 2024 et 2025 en Foil Slalom. Mon record de vitesse a pris deux nœuds, mes jibes étaient plus engagées et j’étais beaucoup plus en confiance à l’approche des gros évènements. J’ai senti que j’avais passé un palier supplémentaire, notamment grâce au changement de matériel avec PATRIK. Le matériel marche fort et ce nouveau challenge à leurs côtés m’a donné beaucoup d’envie et de motivation.

 

WJ : La Guadeloupe et le Japon offrent des conditions très différentes. Quelles ont été les principales difficultés à Yokosuka et comment as-tu ajusté ton matériel et ta navigation ?
JL : La principale difficulté de Yokosuka c’est l’irrégularité du vent, tant en force qu’en direction. Je suis arrivée sur le spot cinq jours avant l’évènement pour me régler et me mettre en confiance. Durant ces cinq jours, on s’est vite rappelé de la difficulté de régler le matos à un spot ou entre deux bouées. Tu prends des refusantes, des adonnantes et le vent peut varier de 10 nœuds… Donc oui, il a fallu adapter le matériel à ces particularités. Personnellement, je sentais qu’il fallait que je navigue plus toilée que d’habitude pour pouvoir passer les molles et les refusantes. Je suis allée jusqu’à bouger les bouts de harnais pour faciliter la gestion du gréement dans ce vent irrégulier.



WJ : Comment vis-tu ce deuxième titre mondial consécutif à seulement 23 ans ?
JL : Ma sensation n’est pas facile à décrire. Évidemment, j’ai la satisfaction d’avoir fini la saison et d’avoir ramené le trophée à la maison. Mais, en même temps, j’ai mis plusieurs jours à redescendre de la colère que je ressentais après cette dernière journée cauchemardesque. J’ai hâte que le rythme se calme, entre mon examen de DEJEPS, les sollicitations médiatiques et l’organisation des célébrations de fin de saison avec mes partenaires, pour enfin pouvoir me poser et prendre le temps de réaliser que l’objectif est atteint et que je suis double championne du monde.

 

WJ : Maintenant que la saison est terminée, quel bilan personnel et sportif tires-tu de 2025, et quels sont tes objectifs pour 2026 ?
JL : C’est une saison riche en apprentissages. Cet été, je pensais arrêter ma carrière tellement j’étais lessivée. J’ai poussé la machine trop loin. Je sais qu’il faudra que j’équilibre différemment mon projet sportif pour ne pas me retrouver dans ce même état de fatigue l’année prochaine. D’un point de vue compétition, évidemment je veux continuer à défendre le titre en PWA. Et j’ai une grosse envie d’aller chercher le record du monde de vitesse en foil ! Le reste est à confirmer selon mes envies et possibilités, mais ces deux objectifs vont sûrement guider la prochaine saison.

 

Source : Justine Lemeteyer
Photos : Carter/Pwaworldtour.com

tags: Justine Lemeteyer PWA World Tour

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