Dans la plus grande discrétion qui le caractérise, le Français Frédéric Houdier a réalisé une performance exceptionnelle le 26 juillet dernier, parcourant 785 km en 24h en windfoil et battant au passage le record réalisé par le Néerlandais Bob van de Burgt quelques semaines plus tôt (cf notre article du 17 juin 2026). Au micro de Windsurfjournal.com, l’homme de 57 ans revient sur cette expérience, lui dont le but ultime est de franchir la barre symbolique des 1 000 kilomètres en 24 heures.
Windsurfjournal.com : Frédéric, 785,7 km en 24 heures en windfoil : lorsque tu franchis la ligne d’arrivée, quel est le premier sentiment qui domine ? La satisfaction d’avoir battu le record, le soulagement après une nuit particulièrement compliquée ou déjà l’envie de recommencer ?
Frédéric Houdier : Une demi-heure avant de passer la ligne, je savais déjà que je venais de battre ce record de peu, mais c’était fait j’étais donc heureux mais également soulagé que ça se termine car j’ai un peu lutté avec ce nouveau foil que je n’avais pas encore en main et à ce moment-là j’ai vraiment pas envie de renouveler l’expérience foil surtout de nuit sans lune.

WJ : Cette tentative a été loin d’être un long fleuve tranquille, avec des problèmes de réglage du foil dès la première heure, plusieurs largages de harnais, une vive, des piquets et des bouées de pêcheurs pendant la nuit… À quel moment as-tu réellement pensé que le record pouvait t’échapper ?
FH : Dès la première heure de navigation j’ai pensé à abandonner, le vent était fort je suis tombé pas mal de fois à cause de jibes ratés et de la boucle du harnais qui larguait. J’avais déjà la jambe arrière en feu à force de pousser sur le foil, mais, j’avais calculé avant que, si j’arrivais à parcourir 35 km par heure de jour et 25 km par heure de nuit en moyenne, je serais encore dans le coup. Donc j’ai continué et, malgré la pétole vers 23h et celle à 6h du matin, j’étais à 360 km au bout de 12h de navigation en ayant passé le plus compliqué la nuit. Jean Le Gall, qui a tenté l’aventure avec moi, a jeté l’éponge au petit matin à cause de ce vent capricieux alors que l’on était au coude à coude sur le nombre de kilomètres. Donc je savais que tout était encore possible, sauf s’il y avait eu encore une panne de vent, une casse matérielle ou un autre problème.
WJ : La gestion de la nuit semble avoir été l’un des moments clés de cette tentative. Entre la pleine lune, puis son coucher, l’obscurité totale et les obstacles présents sur le parcours, comment adapte-t-on sa navigation et surtout son niveau de prise de risque lorsque la visibilité devient quasiment nulle ?
FH : Oui la nuit sans lune et sans lumière a été compliqué pour moi. Ça a été 3 heures interminables et quand l’aurore est arrivée, ça a été la délivrance. Avec l’âge, j’ai la vue qui baisse surtout le soir alors il a fallu que je me concentre pour tomber le moins possible surtout dans les jibes. J’ai réduit ma vitesse, j’ai volé le plus bas possible pour prendre le moins de risques possibles, je visais 2 points lumineux comme parcours et malgré ça, j’ai un peu dévié et j’ai tapé dans des bouées de pêcheurs que je voyais au dernier moment.

WJ : À plusieurs reprises, tu as dû t’arrêter pour changer de voile ou d’aile, tout en essayant de réduire au maximum le temps perdu. Comment se prépare concrètement la stratégie matérielle d’une tentative de 24 heures et comment décides-tu du moment où il faut rentrer changer de configuration ?
FH : Ma stratégie matériel est de moins en moins sérieuse. Au début, quand j’ai commencé mes tentatives en aileron, j’avais quatre voiles prêtes et trois flotteurs et j’installais tout ça en bord de plage, entre Gruissan et Port-La-Nouvelle. Comme ça, je perdais le moins de temps possible pour changer de matériel qui était proche du bord. Maintenant, nous n’avons plus le droit de rouler sur la plage donc je m’installe à côté du magasin L’Oc Surf ou pour aller à l’eau. Il faut sortir de l’avant-port, ça prend un peu plus de temps. Désormais, je ne prépare que deux voiles pour éviter que le matériel grille toute la journée au soleil, et ça me fait moins de matériel à replier après ces 24 heures. Pour le changement du matériel, je les évite au maximum. Soit j’attends d’être à la limite de la perte du vol, pour éviter d’être à l’arrêt. Ou lorsque le vent devient trop fort, et que ça devient trop physique. Pour cette tentative j’avais une voile Patrik MA 5.0 et 6.2. J’avais fait l’impasse sur la 5.6 et j’avais également une 4.2 foil. Par expérience, je sais que souvent au lever et au coucher du soleil, il y a une grosse baisse de vent alors j’en profite pour changer de matos et me restaurer si ça dure un peu.

WJ : En 2024, tu avais parcouru 941 km en windsurf en 24 heures, avant de prolonger jusqu’à dépasser les 1 000 km. Le passage du windsurf aileron au windfoil répond-il désormais à une véritable volonté de repousser encore les limites, ou considères-tu ces deux disciplines comme deux exercices d’endurance assez différents ?
FH : Personnellement je préfère l’aileron au foil, j’y suis beaucoup plus à l’aise mais dans les vents léger et irréguliers je trouve le foil beaucoup plus plaisant jusqu’à 25 nœuds. L’année dernière, j’ai fait une longue distance en foil de 571 km juste pour montrer à Jean Le Gall qui a un très gros niveau qu’il pouvait faire mieux que 561 km, l’ancien record du monde. Cette année, le Néerlandais Bob van de Burgt a poussé le record à 761 km en 24h. Avec Jean Le Gall, on s’est dit que si on arrive à naviguer de nuit en foil ça devrait être réalisable et donc c’est parti de là. Et du coup j’ai un peu délaissé l’aileron. Pour moi, ce sont deux supports complémentaires et ce sont deux exercices d’endurance très similaires. J’ai toujours beaucoup navigué, même quand je faisais de la vague. J’ai la chance d’habiter à 500 m de l’étang de Thau et d’avoir un emploi du temps très flexible. Maintenant avec le foil, dès qu’il y a 8/10 nœuds, je peux être à l’eau. Le but premier, c’est de prendre du plaisir et naviguer souvent pour garder la forme.
WJ : Tu as déjà été très proche des 1 000 km en windsurf et tu as désormais établi une nouvelle référence en windfoil. Est-ce que cette performance de 785,7 km renforce ta conviction que les 1 000 km en 24 heures sont également réalisables en foil, ou penses-tu que le windsurf à aileron reste aujourd’hui le support le plus FH : efficace pour atteindre cette barre ?
FH : Avec de bonnes conditions, quelqu’un de rapide en foil et d’endurant peut faire 1000 km. En ce qui me concerne, je pense faire au maximum 850/900 km. C’est pour cette raison qu’il faut que je refasse cette tentative en aileron !
Source : Frédéric Houdier
Photos : Frédéric Houdier