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Fred Bonnef, le témoignage

24/05/2013

Petite incartade à notre traditionnelle interview de fin de semaine puisque, sans doute comme nous, vous avez été touché par la vidéo de Fred Bonnef publiée le 21 mai dernier, un an tout juste après son terrible accident de la circulation… Pour Windsurfjournal.com, il revient, plus fort que jamais, sur cet épisode douloureux mais malgré tout riche d’enseignements…

 

"La vidéo que vous avez peut être vue n'était ni destinée à choquer, ni à me faire plaindre, je suis content de constater que les nombreux commentaires et les messages que j'ai reçu allaient dans ce sens et que cela avait été compris. Je suis évidemment très sensible aux différents témoignages d'affection qui m'ont donné encore plus de motivation pour continuer.
Je considère qu'il serait irresponsable et égoïste de ma part de ne pas partager mon expérience si cela peut éviter à d'autres de vivre la même, et j'avoue qu'il est indispensable pour moi que les mots "sortent". J'ai vécu la violence routière au quotidien pendant mon chemin de croix dans les hôpitaux et croyez-moi ou pas, je considère avoir de la chance dans mon malheur par rapport à certains qui ont été touchés encore plus durement que moi. J’espère humblement réveiller quelques consciences avec mon témoignage ci-dessous et la vidéo. Il existe un vide juridique dont je parle plus bas et qui mériterait débat. Risquer sa vie au volant implique forcément que l'on joue celle des autres, alors profitons de la vie à fond, mais faisons en sorte que les autres puissent en profiter aussi !
En 1999, lorsqu'un windsurfer stupide et maladroit m'avait coupé la route sur l'eau en jibant sur moi sans regarder et qu'il m'avait explosé le tibia et le péroné au large du fort de Brégançon (j'avais mis une demi-heure au moins à rentrer à terre la jambe pendante avec l'aide des planchistes présents sur place, et l'ambulance en avait mis autant à m'amener à l’hôpital... ), j'avais cru ressentir la plus grande douleur de ma vie, j'avais cru que ma vie de sportif était terminée à jamais, que plus jamais je ne remonterai sur une planche ou sur un surf , et les médecins n'étaient pas très optimistes… Si j'avais su … 1 an après j'étais en Guadeloupe et je prenais plus de niveau en windsurf que je n'aurai jamais pu l'imaginer, 2 ans après je m'installais à Tarifa en Andalousie pour 8 ans de bonheur et de windsurf pro aux cotés des meilleurs, puis la découverte du stand up paddle, les traversées un peu folles, les sessions de vagues incroyables aux Canaries et ailleurs, les compétitions…
En regardant un peu en arrière, je pense que cet ensemble d'expériences accumulées durant ces 14 dernières années m'a tout simplement sauvé la vie par la suite.
Il y a eu cet accident d'une violence incroyable en mai 2012, 15 fractures, plus de 17 opérations chirurgicales lourdes, 12 jours de coma, des douleurs inimaginables, un risque d'amputation tellement important qu'un an après, je me réveille la nuit pour vérifier que ma jambe est toujours là. J'étais tellement proche de la mort que j'ai l'impression de la connaître parfaitement, elle est latente, tout le temps présente dans un coin de mon esprit, elle attend son heure mais je sens qu'elle me donne un long répit, une autre chance de vivre. La haine aussi m'accompagne, celle que seuls ceux qui sont passés par ce genre d'expérience ultra violente à cause d'une autre personne peuvent connaître, celle qui passe au-dessus du bon sens et de l'éducation et qui peut mener à un état qui frise la bipolarité. Croyez-moi, elle est plus complexe que la simple violence éphémère : Elle vise à rayer le fruit de la haine de sa carte mémoire, par tous les moyens. Cela va au-delà de la pulsion, c'est un anéantissement sur le long terme.
Cette haine est due en grande partie au fait que la nature de l'accident reste suspecte et pourrait faire penser à une tentative de suicide de l'automobiliste qui aurait coupé les barrières de sécurité et me serait rentré dedans intentionnellement. Mais elle est surtout due au fait que quoi qu'il en soit, cette personne a repris le cours de sa vie tout à fait normalement sans se soucier le moins du monde du mal qu'il a pu me faire et des séquelles que je vais garder à vie de cet "accident"…
Inutile de rajouter qu'en plus, ce monsieur reconduit tous les jours sans être inquiété le moins du monde par la "justice" alors qu'il est peut être un véritable danger public et qu'il pourrait récidiver à tout moment. Va-t-on attendre qu'il tue "accidentellement" un enfant la prochaine fois pour faire quelque-chose ?
Je n'en ai que peu parlé jusque-là pour une bonne raison : J'ai entretenu la haine. J'ai tenté de la rendre malléable, pas seulement stérile et négative, mais "productive". C'est elle qui m'a aidé à me remettre debout et à continuer à lutter. Elle est - avec l'envie farouche de retourner un jour à l'eau et l'énergie insufflée par mon chirurgien, le personnel soignant et mes proches - l'une des raison principale d'une guérison considérée comme miraculeuse pour bons nombres de médecins que j'ai pu côtoyer.
La haine a fait ma force car j'ai su utiliser son énergie, même si j'ai toujours été conscient d'avoir entre les mains une arme à double tranchant et qui finirait par me bouffer.
Un an après l'accident, je sens que le couteau est en train de se retourner contre moi physiquement, et donc, psychologiquement (ou l'inverse). Je suis par exemple convaincu que d'une certaine manière, elle entretient l'algodystrophie dont je suis atteint, un "syndrome régional douloureux", qui est une inflammation (dans mon cas, violente) et dont les origines sont traumatiques et neurologiques mais mal expliquées par la médecine, et de toutes façons très liées au psychologique.
C'est aussi pour cela que j'ai décidé d'en parler et d'essayer de m'en libérer au moins un peu, car écrire et me tuer au travail en rééducation sont à l'heure actuelle mes seuls exutoires.
Et puis pouvoir s'analyser soi-même, c'est déjà un pas important vers la guérison non ?
J'aurai milles fois préféré ne pouvoir m'en prendre qu'à moi-même, me dire "tiens, tu l'as cherché, tu as fait une connerie, maintenant tu fermes ta gueule et tu payes". J'aurai un peu mieux vécu tout cela, mais ce n'est pas ce que le "destin" m'a apporté.
Malgré tout, an après, je continue à croire très fort en mes chances de retrouver une mobilité convenable et je continue à travailler dur pour y arriver (même si je sais que mon corps ne sera jamais plus le même que celui d'avant et qu'il me faudra m'"adapter").
Cette vidéo a été montée et réalisée par mon ami et excellent photographe Robin Christol, à part les images d'action qui bien sûr qui datent d'avant l'accident et ont été filmées à Tenerife et au large d'Ibiza par mes potes Dan de SUP Academy Tenerife, Pablo Valencia, Chris Rullière, et le tout avec l'aide précieuse de mon amie Kate Rivière pour les traductions.
La partager aujourd'hui, un an après l'accident, avec ceux qui m'ont soutenus et croient toujours en mon retour possible vaut bien mieux qu'une séance de psychothérapie !

 

Pour en savoir plus sur Fred Bonnef : www.fred-bonnef.com

 

Source : Fred Bonnef
Photo : Pepi Nunoz Ullauri

tags: témoignage Fred Bonnef

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