Triple médaillée olympique, dont en windsurf l’or en 2016 à Rio et l’argent en 2021 à Tokyo, la Française Charline Picon a annoncé dernièrement prendre sa retraite sportive (cf notre article du 15 septembre 2025). Pour Windsurfjournal.com, elle revient sur ses débuts en windsurf, sa carrière et nous donne son point de vue sur le nouveau support olympique…
Windsurfjournal.com : Tu as découvert la voile très tôt, mais qu’est-ce qui t'a immédiatement séduite dans la planche à voile par rapport aux autres supports ?
Charline Picon : Alors oui, j'ai découvert la voile finalement pas si tôt que cela parce que j'avais 11 ans. J'ai débuté donc avec la voile scolaire en CM2 sur Optimist pendant 4 à 5 jours. Ensuite, j'ai voulu aller m'inscrire dans un club et en fait, il n'y avait plus de place pour faire de l'Optimist. Donc, on m'a proposé la planche à voile directe et en fait, j'ai adhéré complètement. Déjà, je pense que par rapport à mon profil, le sport individuel, le sentiment de liberté, le sport de pleine nature avec des sensations de glisse, etc… Donc, ça, c'est le combo gagnant pour moi. Et je peux rajouter, le matériel, c'est simple. La voile, elle n'est pas guidée. Donc, vraiment ce côté liberté qui prend le dessus. Après, voilà, je ne l'ai pas choisi au départ, mais vraiment ce côté liberté, libre dans l'espace, c’était vraiment trop bien et la meilleure sensation.
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WJ : Quand tu repenses à tes débuts en planche à voile en Charente-Maritime, quels souvenirs forts te reviennent en premier ?
CP : Waouh, j'ai plein de souvenirs en Charente-Maritime. J'ai un souvenir qui revient, c'est mon premier planing dans la baie de Bonne Anse à la Palmyre où il y avait ma maman qui était sur la plage et je reviens avec ma 3.0 m² en lui disant "Maman, j'ai plané, t'as vu, t'as vu ?". Elle me dit "Mais ça veut dire quoi, planer ?". Je lui dis "Ça veut dire que je suis allée vite !". Donc, ça, c'est un souvenir. Voilà, des souvenirs dans la baie de Bonne Anse qui est quand même un endroit assez magique pour naviguer. Et quand on sortait, c'était vraiment l'aventure. Sortir de la baie, aller un peu dans la houle, trop bien. Après, j'ai des souvenirs de stages régionaux à Boyardville. Pareil, faire le tour du Fort Boyard pendant les stages avec les copains et les copines. Franchement, c'était trop, trop bien. Donc, oui, j'ai plein de souvenirs sur mes débuts.
WJ : En 2016 à Rio, tu décroches l’or olympique en RS:X : qu’est-ce qui a rendu cette victoire unique dans ton parcours ?
CP : La victoire à Rio, c'est unique parce que déjà, il y a une seule médaille d'or tous les quatre ans et qu'on est nombreux à vouloir la décrocher. Clairement, j'arrivais avec un statut de favorite, je l'avais annoncé. C'était mon ambition après les Jeux de 2012 qui avaient été compliqués. Ce qui la rend unique, c'est l'accomplissement, une espèce de soulagement d'avoir réussi à tenir la pression devant mes proches, devant le monde entier finalement. Les Jeux, c'est vraiment une compétition à part. Et de monter sur la plus haute marche avec ton hymne, ça récompense toute l'équipe qu'il y a autour de moi. Avec mon entraîneur Cédric Leroy, il m'a amené aussi beaucoup de confiance, notamment sur cette medal race où j'étais quatrième avant le départ. On a réussi un truc exceptionnel dans une carrière de sportif.
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WJ : La planche à voile est une discipline qui demande une grande autonomie. Est-ce cet aspect-là qui t'a permis de forger votre caractère de compétitrice ?
CP : La planche, ça demande une grande autonomie, mais malgré tout, il y a une équipe autour de moi. J'ai vraiment pris en autonomie après ma médaille de Rio, où j'avais vraiment laissé les commandes à Cédric Leroy, mon entraîneur, pour qu'il me guide jusqu'à la médaille. En tout cas, j'avais vraiment une énorme confiance. Puis après moi, j'ai pris confiance aussi. Puis je suis devenue maman, donc j'ai encore plus pris mon projet en main, on va dire. C'était une superbe aventure. Mais de manière générale, oui, la voile, c'est un sport qui demande à être autonome. De toute façon, à un moment donné, on se retrouve seul face aux éléments. Et quand on quitte le bateau du coach pour aller sur la ligne de départ, c'est à nous de faire le job. Et pareil, le matériel, c'est à nous d'en prendre soin. Il y a plein de choses dans ce sport qui rendent autonome et qui font qu'on gagne en maturité assez vite, même par rapport à la vie quotidienne. En revanche, le côté compétiteur, je pense qu'on a chacun des motivations internes différentes. Chacun est différent. Et oui, moi, j'ai un énorme côté compète, mais ça vient de moi. Je ne me suis pas forgée un esprit de compète. C'est vraiment propre à chacun. On peut performer en étant compétiteur extrême, comme d'autres peuvent performer juste par la prise de plaisir d'être sur l'eau, d'explorer, de se découvrir, de se challenger soi-même. Donc, moi, clairement, j'ai un gros côté de compète, mais il était là, peut-être caché avant que je fasse de la planche. Et la planche a permis d'assouvir ce besoin de compétition.
WJ : Tu as connu l’évolution du matériel en windsurf. Quel regard portes-tu aujourd’hui sur l’arrivée des foils et la nouvelle génération de planches olympiques ?
CP : L'évolution du matériel aujourd'hui, c'est le foil. Je dis souvent, la nouvelle génération, ils sont nés avec des foils au pied. Et ce n'est pas ma génération. Moi, j'ai fait mes armes sur des planches à dérive. C'est vrai qu'aujourd'hui, la voile, dans sa globalité, ce sont des bateaux qui volent. En tout cas, tout ce qui concerne le monde de la compète. Mais on a aussi vu l'essor du wingfoil qui a permis au plus grand nombre d'accéder à ces sensations de voler au-dessus de l'eau. Donc, c'est super. Mais la nouvelle génération des planches olympiques, le wingfoil et tout, c'est un autre sport en vrai. Clairement, techniquement, les vitesses aussi. Je pense qu'il faut savoir un peu débrancher le cerveau, parce que ça va vite. Les contacts avec l'eau, quand il y a chute, tu es à plus de 25 nœuds la plupart du temps. C'est vraiment différent. Je suis spectatrice de ça, même si je navigue en wing. Je n'ai pas passé trop le cap de la planche à voile à foil.
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WJ : Tu as déclaré ne pas avoir le gabarit pour le support olympique à foil. Penses-tu que ce changement de support risque de fermer la porte à certains profils comme le tien ?
CP : L'histoire du gabarit, c'est clairement un frein pour les poids légers. J'en ai pas mal discuté, même avec Pierre Le Coq, qui était un peu un gabarit comme moi, fin et qui a essayé une campagne olympique en iQFOiL. L'énergie qui est mise pour prendre ce poids et le maintenir, que ce soit en muscu, en nutrition, etc… Quand ce n'est vraiment pas ton poids, on va dire, normal, tu peux tout reperdre. Si tu te chopes une semaine un petit virus ou quoi, tous les efforts repartent. Franchement, c'est dur pour les petits gabarits. Et oui, forcément, ça va fermer des portes. Je ne vois pas. Aujourd'hui, on le sait, sur l'iQFOiL des garçons, ça n'a pas changé grand-chose malgré la diminution de la voile. Et chez les filles, ç'a peut-être baissé un petit peu par volonté des filles. Mais je pense que si tu n'as pas un gabarit minimum, c'est quand même très compliqué d'aller jouer avec les autres aux avant-postes.
WJ : Quel conseil donnerais-tu à un jeune ou une jeune qui rêve aujourd’hui de suivre tes traces en planche à voile olympique ?
CP : Chaque jeune qui a envie de suivre mes traces en planche à voile olympique, je vais leur dire de ne pas suivre ma trace parce que chacun doit écrire sa propre histoire. Je pense que réellement, si chacun trouve la motivation et le plaisir qu'il a à faire de la compète, à être sur sa planche, moi, c'est vraiment ce qui m'a guidée. Vraiment, j'étais passionnée par ce que je faisais. J'étais bien sur ma planche avec mon esprit de compète. Mai, comme je le disais précédemment, je pense que chacun a des compétences différentes, des motivations différentes. Il n'y a pas une histoire, une voie tracée. Je pense que chacun doit trouver son propre chemin. Maintenant, il y a quand même des impératifs. On parle souvent de motivation, mais parfois la motivation n'est pas là. Quand on a des grands objectifs, on doit avoir une certaine rigueur, une certaine discipline et ensuite, d'être bien entourée. Vraiment, les zones qu'il y a autour de nous, les experts qui sont autour de nous, c'est super important. Moi, je suis devenue passionnée parce que ce sont des gens qui m'ont transmis leur passion. Et ça, c'est aussi très important. Donc, l’idée, c’est d'écrire son propre chemin, d'être bien entourée, d'avoir une certaine rigueur, même si l'essentiel, c'est d'aller prendre du plaisir sur l'eau, et être déterminée aussi.
Source : Charline Picon
Photos : Sailing Energy - Paul Besserau/FFVoile