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Cédric Bordes, l’interview

21/05/2025

Parmi les meilleurs Français et mondiaux en slalom, Cédric Bordes est l’un des artisans de la venue d’Antoine Albeau dans le team international Severne. Compétiteur, développeur et metteur au point, il revient sur son rôle lors de ce transfert et sur sa vision du sport et du marché…

 


Windsurfjournal.com : Pourrais-tu tout d'abord nous expliquer ton rôle au sein de Severne depuis ton arrivée chez la marque australienne en mars 2022 ?
Cédric Bordes : Je suis arrivé chez Severne juste en tant que coureur car après de superbes années chez mon ancien sponsor, où je faisais pas mal de choses, je voulais avoir un peu plus de temps pour moi et finir des projets personnels. Finalement, en 2022, nous n’avons pas eu beaucoup de courses sur le tour PWA et Severne m’a envoyé quelques voiles à tester. Ils ont été contents des retours donc ils m’ont proposé de m’occuper de la recherche et du développement des voiles et des flotteurs à partir de là. Je ne pensais pas replonger, mais, au final, c’est quelque chose qui n’est pas toujours facile, mais grisant quand les pièces du puzzle s’assemblent pour aboutir à un produit final qui fonctionne.  

 

WJ : On imagine aisément que tu n'es pas étranger à l'arrivée d'Antoine Albeau chez Severne, comment cela s'est-il passé ?
CB : Antoine est un ami de longue date, il nous a aidé en début de carrière avec Julien Quentel, donc j’essaie de lui rendre la pareille pour sa fin de carrière ! Blague à part, Antoine Albeau est toujours là, c’est une force de la nature et même s’il ne fait plus la coupe du monde PWA. Il a le windsurf dans le sang et tire toujours fort sur le wishbone ! Je trouve top qu’avec Robby Naish et Björn Dunkerbeck, ce sont eux trois qui ont le plus gagné et qui, à la fin, continuent de promouvoir le plus ce sport ! Chez Severne, il y a une vraie volonté de pousser certains projets jusqu’au bout, on a une nouvelle gamme de planches de slalom qui arrive donc Antoine est un parfait relais. Il y a aussi sa quête de record qui est quand même incroyable. Quand j’ai parlé de cette idée en interne, tout le monde était partant direct. Ça a donné un coup de boost, même le responsable de l’usine était excité !

 

WJ : Quel va être le rôle d'Antoine Albeau chez Severne à tes côtés et ceux de Matteo Iachino ?
CB : On va continuer de fonctionner comme avant avec Matteo, on s’entend bien. Matteo pousse toujours, car il veut gagner. Après, il y a des questions de deadline et de coût à respecter donc il faut aussi savoir faire les choses au bon moment. Antoine nous aidera car il peut apporter une vision différente aussi. Il y a aussi Elliot Joly, plus léger qui aide de plus en plus dernièrement pour faire les tests aussi. C’est bien d’avoir plusieurs profils pour faire ressortir des points communs sur du matos. 

 


WJ : Tu connais Antoine Albeau depuis longtemps, quelles sont selon toi ses principales qualités et que peut-il apporter à Severne ?
BC : Antoine comme Matteo veulent gagner donc ils veulent ce qu’il y a de mieux. Tous les deux ne vont pas compter les heures dans l’eau et ça, c’est super précieux. Faire du développement quand tu sais ce que c’est vraiment, ce n’est pas toujours une partie de plaisir, car il faut courir après le vent, le temps, revérifier des détails encore et encore. Donc, il faut des riders motivés. Dans le passé, nous n’avons pas forcément toujours été d’accord sur tout avec Antoine au niveau des règles de production, de distribution ou sur l’évolution du sport, mais, avec le temps, nos opinions respectives se sont rapprochés. 

 

WJ : Peux-tu nous parler du Prince of Speed - ISWC World Championship auquel tu participais dernièrement avec ta 9ème place en aileron et surtout ta belle 4ème place en foil ?
CB : C’est une super course qui met la vitesse en avant. On attend toujours les bonnes conditions pour courir. Mon résultat brut final est moyen, mais avec Matteo Iachino, nous avons loupé une manche en foil et en aileron aussi, car nous étions sur l’épreuve PWA en Guadeloupe. Je suis content parce qu'en aileron, j'étais plus proche des top riders en vitesse que sont Antoine, Hans Kreisel et Vincent Valkenaers que les années passées. Je fais 4/13/3 donc une manche qui me plombe, mais c’est le jeu. En foil, c’était vraiment fun, j’ai bien marché à la fin avec deux victoires en 5.0 bien toilé et meilleur run. Il faut arriver à pousser et à glisser en même temps, ainsi, c'est bien différent de l’aileron au final. 

 


WJ : À 40 ans, tu restes très impliqué dans le sport, tant au niveau développement que compétition... Quel regard portes-tu sur l'évolution du windsurf ces dix dernières années et notamment sur l'arrivée du foil ?
CB : Je pense que la planche à voile est un sport extraordinaire et unique, réellement. Bien sûr, nous avons nos propres problématiques comme le besoin de pratiquer à certains endroits spécifiques, la dépendance à la météo, le prix du matériel que d’autres sports ont peut-être moins. Mais les sensations sont magiques quand tout marche. Cependant, avec toutes les erreurs que nous avons tous faites dans le milieu, nous aurions pu mourir dix fois en 15 ans ! Donc le windsurf continuera toujours, et c’est le gros point positif. Cela dit, il est vrai que, souvent, il serait bien de faire les choses avec sûrement un peu plus de rigueur et de vraie compréhension des acteurs les uns pour les autres (marques/riders/distribution/médias et même organisateurs d’évènements) plutôt que de foncer avec passion tête baissée, en réaction plutôt qu’anticipation. Être passionné quand tu as des responsabilités, c’est top, mais ça peut aussi pousser à aller dans des directions un peu extrêmes qui ne sont pas forcément tenables sur le long terme. Le foil est un incroyable support, c’est fun, moderne et tu peux naviguer dans de nombreuses conditions, mais ça reste très exclusif. Il faudrait, je pense quand même, peut-être penser sérieusement à bloquer l’enregistrement de nouveau matériel tous les deux ans par exemple. Cela permettrait au marché de s’assainir, de réduire les coups, de prendre son temps pour laisser les produits parler par eux-mêmes. Et, finalement, je pense faire des évolutions encore plus marquées à chaque nouveau millésime car on pourrait avoir plus de temps sans rushs pour développer. Réduire la quantité de surface de voiles en PWA en premier est une autre piste et peut-être sur certaines gammes du marché pour des raisons de stock et de logistique pour l’ensemble des shops qui font un super travail. Cela permettrait aussi de voir quelle marque a les meilleure plage d’utilisation mini/maxi à chaque fois réellement. Il y a des possibilités de changement assez simple à mettre en place si tout le monde prend le recul nécessaire et regarde sur un horizon de 3/5 ans plutôt que sur le court terme, comme dans plein de secteur extérieur au windsurf d’ailleurs. Le principal problème de notre micro milieu au final reste que plus de 50 à 60% des compagnies petites ou grandes sont déficitaires, et cela, depuis plus de 10/15 ans ou même depuis leur création ! Cela crée une forme de dumping qui n’est normalement pas tenable et qui n’est pas forcément autorisée car beaucoup de temps et d’énergie sont passés sur des sujets périphériques plutôt que centraux, inhérents normalement à toute compagnie qui souhaite perdurer. Mais d’une manière ou d’une autre, elles arrivent à se refinancer par des aides extérieures et/ou autres moyens et donc continuer à pousser sans se baser sur le marché réel et non celui imaginé et rêvé. Tout le monde a bien sûr le droit de vouloir faire sa place, mais il faut quand même éviter de prendre trop de raccourcis sinon l’équilibre ne tient pas. Et tout le monde crie au loup sans plus savoir pourquoi au final ! Mais je reste persuadé que le windsurf sera un sport qui perdurera toujours, car unique et magique ! 

 

WJ : Quel est ton programme pour cette année 2025 et que peut-on te souhaiter pour la suite ?
CB : Je vais continuer à faire le tour PWA en foil et en aileron et pas mal d’événements nationaux parce que chaque jour et une occasion d’apprendre encore. J’espère ne pas me blesser car désormais le second plus jeune rider PWA a cinq ans de moins que moi. Et ces derniers temps, j’ai frôlé la correctionnelle avec 2/3 gros tampons, mais, pour le moment, tout va bien !

 

Source : Cédric Bordes
Photos : Raphaël Bauer - Videociel

tags: Cédric Bordes Antoine Albeau Severne

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