En juillet dernier, lors du Fuerteventura Grand Slam aux Canaries, le jeune Français Brendan Lorho faisait sensation. Non content de remporter haut la main la nouvelle catégorie des moins de 80 kg du haut de ses 21 ans, il termine également à quelques points seulement du top 10 dans l’épreuve de Slalom X. FRA-113 s'est illustré par des jibes d'une grande finesse, tout en faisant preuve d'une vitesse impressionnante. Alors que débute la deuxième partie de saison, retour avec lui sur cette prestation qui fera date…
Windsurfjournal.com : Brendan, quel bilan tires-tu de cette étape de Fuerteventura avec cette douzième place au classement général et surtout cette victoire dans la catégorie moins de 80 kg ? Est-ce un résultat auquel tu t’attendais avant d’arriver à Sotavento ?
Brendan Lorho : Oui, c’est une bonne surprise à Sotavento. J’étais venu dans le but d’essayer de rentrer dans le top 20, et finalement agréablement surpris de voir que j’étais performant sur le vent et le clapot de Sotavento. J’ai toujours bien aimé ce spot, très sauvage, très violent et l’édition de cette année nous a délivré tout cela copieusement.

WJ : Tu as réussi à te hisser régulièrement dans les finales gagnants, avec notamment deux belles places de quatrième et cinquième. Qu’est-ce qui a fait la différence pour passer ce cap et rivaliser avec les meilleurs spécialistes mondiaux du Slalom X ?
BL : J’ai abordé chaque course sans stress, en essayant de tout donner jusqu’à la fin. Rien de spécifique juste courir pour le plaisir et tout donner à chaque élimination comme si je n’avais rien à perdre à chaque course. Mais c’est clair que la dernière manche, la onzième lors de laquelle je fais quatre, ce ne sont que de bons souvenirs. J’arrive dernier à la première bouée ce qui me permet de bien me placer pour la sortie et j’en profite pour dépasser ceux qui ont jibés large. J’accélère vite et propre n’ayant personne à mon vent. On file vers la saucisse, le saut est clean, je sors cinquième du saut et je vois Maciek Rutkowski qui prend très large. Donc je m’enfile à l’intérieur direct à la bouée, ce qui me fait sortir large, j’arrive à le tenir sur ce bord en plongeant très bas sur la ligne. Je jibe quatrième. Et après faut juste tenir ta position, sachant que tout le monde est déjà cuit physiquement après toutes ces courses. Il y a une belle course de Pierre Mortefon avec Matteo Iachino, c’est magnifique à voir ces batailles. Sacha Fortuné remonte sur Maciek Rutkowski et ils se bataillent fort sur le dernier bord, ce qui me laisse le champ libre. Sacha prend le dessus sur le dernier bord et finit aussi à une très belle cinquième place. C’est un beau finish des jeunes sur cette dernière manche.
WJ : Le Slalom X demande un mélange très particulier entre vitesse maximale, engagement dans les jibes et capacité à gérer les éléments comme les sauts ou les passages techniques. Est-ce une discipline qui correspond particulièrement à ton profil de coureur ?
BL : J’aime et j’ai toujours aimé les manches dans le vent fort. Cela lisse un peu les différences de poids et donne la chance aux plus légers. J’étais pas mal sur Leucate l’hiver dernier et on a eu la chance d’avoir de la bonne Tramontane pour des bons entrainements. Vu que le vent était super violent parfois, j’ai fait plus de slalom vent fort que de vitesse. Que ce soit à Gruissan, Leucate, ou même l’Almanarre, le vent fort c’est vraiment dans le sud de la France que tu le trouves.

WJ : On a beaucoup parlé de ta qualité de jibe à Fuerteventura. Comment as-tu travaillé cet aspect ces dernières saisons pour en faire aujourd’hui une véritable arme face aux meilleurs du circuit ?
BL : Non, j’avoue ne pas avoir travaillé les jibes plus qu’autre chose, c’est juste que j’ai sûrement plus exploité les ouvertures aux bouées que les autres. Pour moi c’est vraiment un ensemble le slalom, qui impose un bon départ, une bonne vitesse, et des jibes précis. L’ensemble te permet d’avoir une moyenne élevée et de te qualifier à la manche suivante, Après oui Ben Proffitt en a beaucoup parlé lors du live streaming, et je le remercie, mais j’ai juste eu la chance de faire la différence au jibe sur certaines manches. Tous les riders ont un top niveau, et cela se joue à pas grand-chose sur chaque élimination.
WJ : Avec ton gabarit plus léger que la majorité des concurrents du top niveau, la création d’une catégorie moins de 80 kg semble t’avoir offert une nouvelle opportunité. Penses-tu que cette division peut permettre à des coureurs comme toi de mieux exprimer leur potentiel face aux gros gabarits ?
BL : Oui c’est une bonne chose ces catégories de poids bien qu’il y ait encore un monde entre 79 kg et les plus de 100 kg. Il faudrait peut-être voir pour faire trois catégories de poids ? Moins de 80 kg, 80-90kg et plus de 90kg ? Ou la monter à 85 kg. Car beaucoup de riders étaient juste au-dessus de la marque des 80, à 81, 82, ou 83 kg. Le tout doit rester non officiel sinon ça compliquera trop les podiums et les titres. Mais, c’est clair, oui c’est une bonne chose pour motiver les plus légers et les plus jeunes à venir affronter les plus lourds, et surtout ramener du monde sur le circuit PWA. Bravo à Victor Delerue deuxième sur le podium -80kg et surtout au jeune Gaétan Obin, troisième, c’est une très grosse perf’ là !

WJ : Malgré ton poids, tu as également montré une grosse vitesse dans les lignes droites. Quels ont été tes choix matériels à Fuerteventura pour trouver ce compromis entre accélération, contrôle et vitesse pure ?
BL : Oui et non, j’étais bien trop lent au départ sur le premier bord. Il y a beaucoup de travail à faire sur cela. Le reste ça va, le bord vers le large, j’étais bien dans le clapot et les vagues, j’avais un bon contrôle et le matériel était bien réglé. C’est sûrement pour cela que sur les manches en flotte, j’ai bien marché car le premier bord vers le large était long et difficile dans le clapot. J’ai navigué essentiellement en 5.6 et 6.1 m² et une manche un matin en 6.7.
WJ : Tu fais partie d’une nouvelle génération de jeunes coureurs français qui arrive sur le devant de la scène. Après tes résultats chez les jeunes et maintenant cette performance en Slalom X, quels sont tes objectifs à moyen terme sur le PWA World Tour ?
BL : Oh c’est très simple, juste continuer à me faire plaisir sans stress, sans objectif démentiel, juste être bien sur l’eau et présent pour donner le max à chaque course. Je suis encore scolarisé (dernière année de Bachelor of Science) donc je dois alterner au mieux entre entrainements, courses et études.
Source : Brendan Lorho
Photos : Carter/Pwaworldtour.com