7 questions à Hélène Noesmoen

22/05/2024

Lors de la journée presse organisée par la FFVoile en avril dernier, nous avons eu la chance de partager un temps précieux avec Hélène Noesmoen. Sélectionnée en iQFOil pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, elle s’est prêtée au jeu des 7 questions avec Windsurfjournal.com sur ses ambitions et sa préparation…

 


Windsurfjournal.com : Tout d’abord, comment vis-tu cette journée un peu protocolaire de présentation à la presse, journée qui fait également partie du processus des Jeux Olympiques ?
Hélène Noesmoen : Ce que l’on préfère faire, c’est sûr, c’est de passer du temps sur l’eau. Mais cela fait partie d’un tout et c’est le job aussi. Le foil est une nouvelle discipline olympique, même si le windsurf est déjà aux Jeux depuis longtemps. L’iQfOil et le foil en général sont peu connus. Pour nous pratiquants, nous en voyons depuis 4 ans, mais le grand public va sûrement le découvrir pendant les épreuves de Paris 2024 et c’est à Nicolas Goyard et moi d’être ambassadeurs de notre discipline. Là, c’est un peu protocolaire avec beaucoup de presse, mais cela arrive aussi souvent avec des partenaires privés et ça fait partie du jeu de faire ça… On a la chance de faire du windsurf tout le temps, la contrepartie, c’est qu’il y a des journées consacrées à l’image et à la communication. Ce n’est pas ce que je préfère, mais si ça peut nous permettre de naviguer tous les autres jours de l’année, on l’accepte aussi.

 

WJ : Ta sélection pour les Jeux, ta 1ère participation à cette épreuve et une compétition qui aura lieu en France, cela fait beaucoup de nouveautés ?
HN : Oui cela fait beaucoup de nouveautés mais aussi d’excitation. J’adore tout ce qui est nouveau, j’adore les défis, les challenges et là, je pense que l’on est en plein dedans. Essayer de ramener une médaille olympique alors que l’on est en France, c’est exceptionnel ! ! Et aller chercher l’or, c’est encore plus excitant. Le support iQFOil à la base procure beaucoup d’adrénaline et là encore plus en raison de toutes les circonstances. Cela fait un moment que je suis sur le circuit olympique et que j’essayais de me sélectionner. Mais la barre était super haute avec Charline Picon et ça m’a forcé à élever mon niveau de jeu. Je suis fière de représenter la France aux Jeux et je pense que c’est aussi le secret de notre pays, avoir une belle densité d’athlètes, chez les hommes comme chez les femmes…



WJ : Quel regard portes-tu sur ton parcours ? Il y a eu les débuts de la classe iQFOil durant lesquels tu as été ultra-dominatrice, puis des concurrentes qui sont revenues de plus en plus au niveau…
HN : Je me suis mise au foil un peu plus tôt que les autres, notamment grâce à l’équipe de Lokéfoil. Je me souviens encore de Kévin Festocq en 2015 qui m’avait mise sur un foil entre 2 manches pendant une épreuve AFF. J’avais trouvé ça exceptionnel. À la base, je faisais du foil pour le loisir, en parallèle de la RS:X. Je n’avais qu’une 5.8 m² sans cambers, elle était tout le temps prête et j’allais faire des tours sur l’eau dès que j’en avais l’occasion. Forcément, lorsque l’iQFOil est devenu olympique, c’est devenu plus sérieux. Je pense que j’ai dominé dès le début car j’étais l’une des seules à avoir l’expérience de la régate et la technicité du foil. Il y avait des filles qui naviguaient super bien en foil, mais qui venaient de circuits où elles avaient moins régaté, tout en étant très rapides. Et les filles de la RS:X n’avaient pas encore la technique sur le foil. Cet aspect complémentaire a très vite marqué les esprits. Mais l’olympisme est quelque chose de très exigeant et on a vite vu que certains n’ont pas poursuivi l’aventure. L’olympisme, c'est aussi un grand rêve pour beaucoup et, logiquement, tout le monde s’entraîne fort et la flotte progresse rapidement. Je pense que cela m’a même un peu coûté d’être tout le temps devant et de voir finalement les autres revenir à son niveau. J’étais dans une période où je voulais marquer les esprits. Je gagnais des finales parce que je me battais, mais je pense aussi parce que les filles me regardaient en ayant un peu peur… Je m’étais mis un peu la pression comme ça, devenir la femme à battre. Mais je n’ai pas réussi à maintenir ce niveau de jeu…


WJ : Cette baisse de régime, tu t’y attendais justement ou ç'a été un peu une désillusion ?
HN : Un peu des 2. La compétition qui a été le plus dur à digérer, c’est le championnat du monde à Brest parce qu’on était à la maison et qu’on s’est fait battre à plates coutures ! Il y a une part de désillusion et puis quelques mois plus tard, il y a eu le championnat d’Europe à Patras en Grèce avec du vent très fort une bonne partie de la semaine. Au vent de travers, les filles engageaient comme jamais en débranchant le cerveau et je n’ai pas compris alors que je pensais que c’était une de mes forces. Je me sentais polyvalente et plutôt à l’aise dans le vent fort et, en fait, certaines étaient devenues bien meilleures que moi ! Cela m’a poussé à relever le niveau et je m’en sors avec une belle 4ème place alors que je n’avais clairement pas le niveau en finale. À la maison, on s’entraînait en vent arrière dans le vent fort et on arrivait parfois en compétition avec des trapèzes et des bords de travers de 1 km ! Il y a tellement de densité et de gens compétitifs que, forcément, la belle série s’arrête. Sur certains points techniques, cela m’a créé des alertes et permis de travailler dans le bon sens. Dans le top 20 mondial, tout le monde peut gagner désormais et tout le monde navigue très propre dans le top 45.

 

WJ : Quelles sont tes principales concurrentes identifiées pour l’épreuve olympique qui aura lieu à Marseille cet été ?
HN : On ne va pas se le cacher, pour moi, il y a 2 filles qui sortent du lot, mais après tout le monde aura sa carte à jouer selon les conditions. Ce sera une flotte réduite qui laisse peu de place à l’erreur et dans tout ça, je pense que je suis plutôt polyvalente, comme mes 2 plus grandes adversaires. Je pense à l’Israélienne Sharon Kantor qui a gagné le championnat du monde cette année. Il y a une densité incroyable en Israël, depuis 2 ans, elles sont au moins 4 à être dans le top 10 mondial et la sélection a vraiment été rude. La championne du monde 2023 qui ne va pas aux Jeux, c’est fou quand même… Celle qui sort de tout ça est déjà bien mise en orbite ! Mais elle a aussi une pression folle avec un pays qui l’attend. Et de l’autre côté, il y a l’Anglaise Emma Wilson qui a été la plus régulière sur la dernière année. Elle a été médaillée de bronze à Tokyo en 2021 en RS:X. Elle est super polyvalente, mais en final, elle est moins à l’aise et c’est la carte à jouer. Chacune à ses forces, mais aussi ses trous dans la raquette !

 


WJ : Avec un nouveau quiver que vous avez reçu, cette épreuve n’est pas un copier-coller d’un championnat du monde classique, tout repart-il vraiment à zéro en quelque sorte ?
HN : J’envisage d’abord ça comme une compétition à Marseille. C’est un plan d’eau que j’aime bien et où j’ai l’impression d’aller plus vite qu’ailleurs. Je n’y ai plus régaté depuis un championnat d’Europe. C’est un lieu complexe et technique avec pas mal de tactiques en même temps. Et plus c’est compliqué et plus, j'aime ça ! Ces dernières années, nous avons été sur des plans d’eau variés et typés. J’ai toujours été dans le match globalement. Concernant le matériel, il y a une grosse phase de préparation. Ce n’est pas vraiment repartir à zéro, car, nous avons pris beaucoup d’expérience sur le matériel pendant l’olympiade. Nous sommes capables de caractériser le matériel, en mesure comme en sensation, et d’avoir ce que l’on recherche. Je ne cherche pas la même chose que Nicolas Goyard et on ne cherche pas la même chose lorsque l’on court à 80 ou à 25 concurrentes. Ça va être à nous de mettre en avant les paramètres les plus importants et surtout de faire les bons assemblages. Tout ce que l’on a appris ces dernières années, à nous désormais de le mettre à profit dans un timing limité. Un groupe de français, des garçons, j'insiste, vont passer en 8.0 m² et vont m’aider comme Pierre Le Coq, Adrien Mestre et pas mal de jeunes. C’est toute une dynamique qui a accepté de venir jouer le jeu et de me pousser à l’entraînement.


WJ : Dans une épreuve olympique, il y a le matériel, les réglages, la technique, mais il y a aussi la part d’humain… Quelle balance vois-tu entre les 2 ?
HN : Le plus dur est de prioriser, car finalement, tout est important ! On peut se dire par exemple que la préparation mentale est super importante pour ne pas lâcher… Mais si à la base, tu n’as pas la vitesse, c’est dur de tenir psychologiquement. Côté humain, c’est important de se sentir bien dans son projet, d’avoir l’envie d’aller à l’eau et d’être à 100% tous les jours. L’aspect technique est important, on veut tous une seule chose, aller vite en windsurf. La clé du projet, c’est de trouver de grands techniciens pour nous faire passer des étapes côté technique et construire un projet avec des personnes qui vont accompagner l’ensemble. Au final, tout est important, mais sur une préparation longue de 4 ans, l’humain compte pour en arriver déjà là. Il faut savoir bien s’entourer. Courir 20 courses, c’est de la technique, mais arriver frais et préparé pour la finale, c’est une préparation au long cours. En fait, l’un ne va pas sans l’autre, mais sur la performance à long terme, la part d’humain a son importance…

 

Pour en savoir plus sur Hélène Noesmoen : www.instagram.com/helenenoesmoen

 

Source : Hélène Noesmoen
Photos : FFVoile/Sailing Energy - Gilles Martin-Raget/FFVoile

tags: Hélène Noesmoen Jeux Olympiques Paris 2024

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