3 questions à Rudy Castorina

14/01/2019

Parmi les 3 chanceux à avoir ridé la vague de Jaws à Maui le 26 novembre dernier (cf notre news du 11 janvier 2019), le français Rudy Castorina se souviendra sans doute (très) longtemps de cette journée XXL sur un spot dont la réputation n’est plus à faire et sur lequel les sessions se font très rares ces dernières années. Pour Windsurfjournal.com, il revient sur cette session magique et terrifiante à la fois réalisée grâce à beaucoup d’opportunisme et un peu de chance…


Windsurfjournal.com : Peux-tu nous parler de cette journée très particulière du 26 novembre 2018 car ce n’était pas vraiment gagné de naviguer à Jaws alors qu’avait lieu le Jaws Challenge de la World Surf League ?
Rudy Castorina : En effet, nous étions sur le qui-vive depuis plusieurs jours au vue de la météo annoncé : très gros swell, vent léger mais faisable. Le WSL Big Wave World Tour Peahi Challenge était en alerte orange. Donc la question était : "Comment va-t-on pouvoir naviguer si le contest a lieu ?". Le chef commissionner de la WSL avait donné le feu vert 48h avant le jour de compétition et là on s’est dit que ça allait être impossible de naviguer. Il va y avoir tout le cirque de la WSL sur place, 15 bateaux, 30 jet-skis, tous les meilleurs surfers de grosses vagues au monde en train d’attendre eux aussi leur tour à la fin du contest pour espérer avoir une vague de ce méga swell. Nous avons retourné le problème dans tous les sens et on ne voyait toujours pas comment faire. Alors, ce matin-là, nous sommes allés surfer un autre outside reef. Puis, vers 11h le vent se lève, je commence à voir des bateaux et des jets rentrer vers le port, je me demande ce qu’il se passe. Sur ce, vers 11h30 j'appelle le bureau où tout le monde regardait le live du contest et là, Bella (ma partenaire) me dit que le contest est annulé !!! Je lui demande si ça a l’air venté et elle me répond : "Oui, ça a l'air léger, il y a seulement Kai Lenny qui fait du tow-in"…. On n’aurait jamais pensé que le contest pouvait être annulé mais les conditions étaient devenues trop radicales et dangereuses pour la compétition. À midi, on se trouvait à un spot sous le vent à environ 45 minutes de Jaws par mer calme ! Avec 15 mètre de houle et vent de face 15 nœuds, il nous faut une heure pour faire la moitié du chemin et récupérer le matos de windsurf. Les baies d'entrée et de sortie de l'eau saturent et c'est très compliqué...Finalement il est 15h quand nous arrivons sur le spot, prêts à gréer. Tous les bateaux et jet-skis de la compète sont partis, le spot est vide mise à part Kai Lenny qui fait un festival de tow-in. Le vent est très léger, je ne me pose pas de questions, je grée ma 5.0 m².

 

WJ : Les conditions se font rares à Jaws ces dernières années, de par ton expérience, qu’avait de si particulier cette journée du 26 novembre sur cette vague que tu connais depuis de nombreuses années ?
RC : En fait, durant l’hiver 2015/16, “El Nino” fût l’un des plus productifs dans le Pacifique Nord en terme de gros swell avec presque une session à Jaws par semaine ! Que ce soit à la rame, en tow-in ou en windsurf, c'était complètement dingue ! Les 2 hivers suivants ont été beaucoup plus calmes avec 1 à 2 sessions durant tout l’hiver. Il faut beaucoup de facteurs réunis pour que le spot fonctionne bien. Ensuite, il y a des petites sessions, des moyennes et de très rares méga sessions qui, aux dires des pionniers, se comparent à des sessions qui n’arrivent que tous les 10 ans ! Cette session du 26 novembre était si particulière parce que la taille des vagues était digne de ces journées XXL qui sont entrées dans les annales du spot.


WJ : Si tu ne devais garder qu’une seule et unique image de cette journée ?
RC : Il y a eu 2 vagues pendant la session qui étaient vraiment géantes, une que je ne pouvais pas prendre et personne ne l’a prise d’ailleurs, et l’autre que Camille Juban a pu la prendre. Cette image qui reste gravée, ce serait donc cette vision down the line (le long du mur vers le chanel) d’un mur gigantesque, le plus gros que je n’ai jamais vu, qui me passe sous les pieds. Une vision de bonheur et d’horreur au même instant, comme le Saint Graal côté pile ou face en fonction de ton ride...

 

Pour en savoir plus sur Rudy Castorina : www.vimeo.com/mrdaiiprodz

 

Source : Rudy Castorina
Photos : Lyle Krannichfeld - Erik Aeder

tags: Rudy Castorina Jaws Peahi Maui Big Monday November 26th 2018

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