3 questions à Antoine Martin

19/04/2018

Vainqueur de la Morocco Windsurf World Cup, la 1ère épreuve de la saison de l’International Windsurfing Tour, le jeune guadeloupéen Antoine Martin débute sa saison 2018 de la meilleure des manières qui soit avec sa 1ère vraie victoire sur une épreuve d’envergure internationale. Avec lui, retour sur un sacre, pourtant loin d’être gagné tant il aura connu des galères, et sur sa démarche, courageuse, de ne pas avoir de sponsor planche cette année…

 

Windsurfjournal.com : Dans quel état d'esprit es-tu arrivé sur cette 1ère épreuve de la saison de l'International Windsurfing Tour au Maroc et sur cette destination que tu découvrais pour la 1ère fois ?
Antoine Martin : J’arrivais assez confiant sur cette épreuve car je me suis beaucoup entrainé en Guadeloupe. Nous avons eu un hiver assez exceptionnel, ce qui m’a permis d’être à l’eau très souvent. J’ai fait également un gros entrainement physique à côté avec un coach et des personnes qui me suivaient d’assez près. Le Maroc était en effet une toute nouvelle destination. C’est pour cette raison que je suis parti pour un trip de 3 semaines avec 2 semaines avant l’événement pour vraiment me préparer et m’adapter aux conditions car sauter tribord, c’est encore là où j’ai pas mal de travail

 

WJ : Peux-tu nous parler de cette folle journée du 31 mars, tes galères au fil des heats et finalement cette victoire dans le dernier carré devant pourtant 2 sérieux clients, Morgan Noireaux et surtout Boujmaa Guilloul à domicile ?
AM : On peut dire en effet qu’il y a une grosse histoire à raconter !!! J’étais parti sur cette épreuve très motivé et très sûr de moi et les galères ont commencé même avant la compétition. 3 jours avant, nous avons eu un bon coup de baston avec de bonnes conditions. Après une matinée de folie et au moment de sortir à l’eau pour déjeuner, j’ai fait un aerial tweaké en 3.7 m² bien toilé et je suis tombé à plat devant la vague. J’ai perdu mon pied arrière du strap et la planche continuant à avancer, j’ai fait un grand écart ! Je me suis fait mal au genou et à la hanche. J’ai dû me reposer quelques jours avant la compète. Finalement ça allait mieux pour le 1er jour de course mais, aux 3/4 de mon heat, je finis dans les rochers et j’abîme ma planche. Je finis mon heat malgré tout mais en fait mon boîtier d’aileron s’était fissuré entre temps… 1er board out ! J’avais 3 planches pour la compète et 2 gréements au total. Le lendemain, je filmais pour la compétition et je préparais mon matos en même temps. Je me concentre et je décide partir à l’eau un peu avant mon heat du 3ème jour. Je tombe en surf sur une vague pourtant pas très grosse et là je fracasse tout et en plus je tape le genou sur le gréement, exactement là où j’avais déjà mal ! Je me dis que c’est le début des soucis alors que je n’avais rien cassé de l’hiver en Guadeloupe, ni après les 2 semaines passées au Maroc ! Le jet ski de la sécurité n’était pas à l’eau et en arrivant finalement sur la plage, j’étais dans le rush complet pour mon heat ! J’étais venu sans pression, avec le minimum syndical et j’avais fait l’impasse sur le fait d’avoir plusieurs wishbones comme c’est généralement le cas. Et en repartant à l’eau, c’était déjà avec le dernier wishbone qu’il me restait… Je me qualifie pour les demi-finales malgré tout avec ma planche moyenne, la grosse étant abîmée depuis la veille. En demi-finale, à mi-heat, j’arrache cette fois un insert de strap en faisant un goiter ! Tout en bas du spot, je dois revenir à pied et il ne me reste plus alors que la petite planche pour des conditions plutôt légères… Dans ma tête, je me disais que c’était mort et que jamais je n’allais y arriver. Mais en fait, dans mon malheur, la chance que j’ai eu c’est que le vent n’a fait que monter au fil de la journée. Je finis ma demi-finale avec des notes de 9 et 10 en surf et je passe en finale ! J’ai une bonne pression cependant car c’est souvent difficile de reproduire le même heat dans la foulée. Je reste motivé et nous partons pour 30 minutes avec un saut que nous n’avions pas lors des heats précédents. Ça se passe plutôt bien jusqu’au 3/4 du heat quand, pendant un goiter, je casse à nouveau un insert ! Totalement dépité, je décide de reprendre ma grosse board pour tout de même finir mon heat, je sais que c’est mort pour le podium mais j’y vais quand même pour donner tout ce que j’ai encore. Je prends 2 à 3 vagues sympas et avant le coup de trompe final, dans les dernières secondes, je fais 3 aerials sur la même vague et même un 4ème sur lequel je tombe. Tout le monde a été surpris mais en fait je ne faisais que des aerials car ma planche était trop grosse pour bien tourner dans ces conditions !!! Etant tombé sur la fin, je ne sais pas si cette vague allait être prise en compte, j’espérais au moins un podium. Et après l’attente, c’est le moment magique car je n’avais jamais fait de podium sur des épreuves de rang international. Ça m’a fait très plaisir, notamment face à 2 élites du tribord avec Morgan Noireaux et Boujmaa Guilloul. Et d’être sur la plus haute marche du podium avec d’aussi belles conditions, c’est d’autant plus gratifiant. J’espère continuer sur cette lancée…

 

WJ : Toujours sans partenaire planche, comment abordes-tu le reste de la saison sur le circuit IWT et PWA ?
AM : Je ne pense pas que ça bougera cette année. Ayant considéré toutes opportunités qui se sont présentées, j’ai plutôt envie de naviguer pour moi. Démarrer avec une marque, c’est faire souvent beaucoup d’efforts, faire ses preuves, apprendre à connaître le matériel, ce sont beaucoup de changements… Sachant que je n’avais pas fait une bonne saison l’an dernier, je ne voulais pas me mettre la pression mais plutôt faire ou refaire mes preuves avant tout. Je ne sais pas si ça va marcher mais je me sens plus libéré et prêt à faire une saison à ma façon. Ça va être compliqué, il ne faut pas se le cacher, JP Australia était mon plus gros budget, il faudra faire attention à certaines choses. J’ai prévu de faire tout le tour IWT et tout le tour PWA, pour toucher à toutes les compètes et à toutes les conditions. On ne court pas beaucoup en ne faisant que le tour PWA, ce n’est comme pour le foot par exemple où les joueurs ont des matchs en semaine et des grands rendez-vous comme la Champions League, ils sont entrainés à la compétition. En PWA, nous avons peu d’épreuves et lorsque ça court, c’est beaucoup de pression que j’ai souvent eu du mal à gérer. D’où le fait de participer à l’IWT aussi… Je veux juste naviguer comme j’en ai envie, me donner au maximum et faire d’autres résultats à l’international !

 

Pour en savoir plus sur Antoine Martin : www.facebook.com/zapfortricks

 

Source : Antoine Martin
Photos : IWT/Nicolas Jones

tags: Antoine Martin Morocco Windsurf World Cup International Windsurfing Tour Moulay Boukzertoun

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