Windsurfjournal.com : Tu réalises des raids juste pour toi depuis quelques années déjà, qu'est-ce qui t'a donné envie de passer à la vitesse supérieure avec cette traversée ? Martin Gavériaux : J'ai eu envie de passer à la vitesse supérieure lorsque je réfléchissais, l'été dernier, à l'orientation de mes projets sportif et professionnel. La fin de mon stage de fin d'études d'ingénieur au sein de l'équipe du trimaran Groupama approchait, tout comme le championnat du monde RS:X 2009 qui avait lieu au début du mois de septembre à Weymouth sur le plan d'eau des JO de Londres 2012. A l'issue de ces deux échéances importantes, j'ai soutenu mon projet de fin d'études puis obtenu mon diplôme d'ingénieur INSA en mécanique et automatique. J'envisageais deux possibilités, me lancer dans ma carrière professionnelle d'ingénieur spécialisé en hydrodynamique dans le milieu de la course au large, ou bien poursuivre mon parcours sportif en planche à voile olympique en passant d'une pratique à mi-temps à une pratique à plein temps, et travailler comme ingénieur plus tard. J'aime le sport, à commencer par la planche à voile, et je devais trouver quelque chose pour combler le manque de sport en cas de choix pour mes débuts en tant qu'ingénieur. C'est comme cela que j'ai pensé à faire des traversées de longue distance pendant mon métier d'ingénieur. J'ai finalement décidé de poursuivre en priorité mon parcours sportif qui n'est pas terminé, et j'ai réalisé que c'était très certainement le meilleur moment pour commencer à faire ce type de traversée, d'envergure plus importante que celles que j'ai pu faire auparavant. La pratique de la planche à voile olympique me prépare physiquement pour ce type d'évènement et j'ai plus de disponibilités pour toute l'organisation. WJ : Pourquoi une traversée Key West - Cuba plutôt que quelque chose de plus accessible comme le détroit de Gibraltar ou la Manche ? MG : Je savais que j'allais participer à la Rolex Miami OCR 2010 du 25 au 30 janvier, le mois de février était le seul mois sans régate cette saison, et je savais aussi qu'Arnaud De Rosnay avait réalisé cette traversée entre Key West et La Havane il y a 26 ans. Je ne me suis pas posé de questions, c'était cette traversée que j'avais décidé de faire, et j'allais mettre en œuvre ce qu'il fallait pour pouvoir la réaliser. Evidemment, je savais que l'organisation allait être compliquée car les Etats-Unis et Cuba sont éloignés de la Bretagne, et les Etats-Unis exercent depuis 1962 un embargo envers Cuba. WJ : Pourquoi avoir opté pour le support olympique RS:X plutôt que du matériel de slalom ou de Formula Windsurfing ? MG : Le choix du support olympique RSX n'a pas été immédiat. J'ai pensé à du matériel de slalom dans un premier temps, puis à la Kona Windsurfing car, en cas de vent faiblissant, je souhaitais un support qui soit agréable à naviguer et qui me permette de naviguer aisément dans le petit temps. Ma route va croiser le Gulf Stream, il y aura beaucoup de courant, et il vaut mieux être prêt à remonter au vent au cas où les conditions ne seraient pas idéales. J'ai finalement opté pour la RS:X pour une question de simplicité d'organisation et surtout parce que je suis entraîné sur ce support. Dans le cas du choix d'un autre support, il aurait fallu que je m'entraîne spécifiquement sur le support choisi et mon timing ne le permettait pas. La RS:X demande certes beaucoup d'énergie, mais je suis habitué ! |
| WJ : Les relations entre les deux pays restent "tendues", comment as-tu fait pour obtenir toutes les autorisations ? MG : Les relations entre les Etats-Unis et Cuba sont très tendues, je l'ai vraiment ressenti tout au long de l'organisation de cette traversée. L'embargo des Etats-Unis envers Cuba a entraîné à plusieurs reprises des changements par rapport à ce que j'imaginais réaliser au départ. J'ai pris contact avec les ambassades des deux pays à Paris, fait faire un visa américain pour pouvoir revenir aux Etats-Unis par la mer en cas de casse matériel, et j'ai tout fait pour obtenir les autorisations nécessaires pour que le bateau d'assistance m'accompagne jusqu'au bout. Il devra finalement s'arrêter à 12 milles nautiques des côtes cubaines pour pouvoir retourner à Key West sans problème, tandis que je terminerai la course tout seul. Je suis bien équipé en matière de sécurité en cas de problème durant les 12 derniers milles. WJ : Comment se prépare un raid comme celui-là ? Qu'est-ce qui est le plus important, être bien préparé ? MG : Il y a de nombreux points à aborder, les autorisations pour chaque pays, les équipements de navigation et de sécurité, la logistique, le budget et la communication. Sans parler de l'entraînement technique et physique sur la planche qui est évidemment essentiel, je profite de ma pratique du support olympique pour avoir cet entraînement. Le plus important, c'est d'avoir envie. Et je crois que c'est une envie forte qu'il faut pour réaliser ce type de traversée. WJ : Pars-tu sur cette traversée avec un réel objectif sportif de temps ou cherches-tu plutôt la symbolique de relier ces deux points ? MG : Mon but est d'abord de réussir cette traversée. Je sais que si j'arrive à Cuba, j'aurai accompli quelque chose qui me donnera un énorme plaisir, surtout quand je pense à toutes les démarches suivies ces derniers mois. J'ai été en contact avec beaucoup de personnes pour organiser cette traversée, et je n'ai pas compté le temps ! C'est certain que j'aurai de nombreuses choses à tirer de cette expérience. J'aimerais réaliser un bon temps, mais je sais que mon créneau de 7 jours de départ potentiel est bien trop court pour espérer bénéficier d'une fenêtre météo idéale. Christian Dumard va m'aider à choisir la meilleure fenêtre durant ces 7 jours, et je donnerai sur l'eau le meilleur de moi-même ! |