Windsurfjournal.com : Dans la rubrique "L’œil de…" de Windsurfjournal.com, Björn Dunkerbeck déclarait il y a quelques jours ne pas pouvoir passer car il y avait parfois moins de 10 cm sur le run, qu’en est-il exactement ? Frédéric Dasse : Nous avons en fait deux runs à Lüderitz, un pour la marée haute et un pour la marée mi-haute, on va dire. A marée basse, on ne peut pas naviguer car il y a un banc de sable au milieu et personne ne peut faire les 500 mètres du run, les windsurfers comme les kitesurfers… C'est vrai que lorsque le vent était à 45 nœuds, nous étions sur le run de demi-marée, qui est 30 mètres plus bas et décalé de 50 mètres sur la droite. Le problème de ce run est qu’après l'arrivée il y a un banc de sable avec pour conséquence beaucoup de crashs pour les kitesurfers… Le run lui-même, il est très régulier au niveau du dessin de la courbe et ça permet d'avoir de l'eau assez plate. Le WSSRC (ndlr : le World Speed Sailing Record Council qui valide les records de vitesse à la voile) a validé ce run car il y a en fait plus de 15 cm sur l'ensemble du run, mais au lancement et après l'arrivée, c'est très dangereux. Un kitesurfer ça va, il peut gérer ça et encore pas tous mais en planche, ça devient vraiment compliqué. Sur le run, il y a des zones à 15cm et là une planche ne passe pas. Il y a bien un minimum de 15 cm sur tout le run et croyez-moi Mike Ellisson, le commissaire du WSSRC est on ne peut plus pointilleux !!! WJ : A-t-on essayé de vous déstabiliser sur cette règle ? FD : Nous avons eu quelques réactions sur le net après le record suite à certaines vidéos à l'arrivée, mais celui qui voit ces vidéos ne sait pas que c'est 50 ou 100 mètres après la ligne d’arrivée où les kitesurfers arrivent en effet dans très peu d’eau et se crashent la plupart du temps… Mais sur le run, il n’y pas de soucis. WJ : Pour la ratification des records réalisés, il faut, outre le WSSRC, la reconnaissance également de l’ISAF, la fédération internationale de voile… Où en est le kitesurf de ce point de vue là ? FD : Le kitesurf est une classe du WSSRC qui est elle-même reconnue par l’ISAF… Par ailleurs, il faut savoir que le WSSRC ne s'occupe pas de savoir si un engin est répertorié dans une des classes de l'ISAF, il est mandaté pour vérifier que l'engin est propulsé par le vent uniquement et respecte un ensemble de règles que je ne peux pas énumérer tellement elles sont nombreuses et plutôt bien pensées d'ailleurs. WJ : Les windsurfers n’ont pas été vraiment à la fête malgré le nouveau record personnel de Björn Dunkerbeck… ? FD : Björn Dunkerbeck va revenir, je suis en contact avec lui pour son retour après Sylt. C’est un champion impressionnant, il est allé sur un run avec 20 à 30cm de profondeur en moyenne dans 45 nœuds et le windsurfer que je suis en avait la gorge serrée parce que c'est vraiment dangereux en cas de chute…Pour le windsurf, on va devoir travailler le spot encore un peu plus et Björn Dunkerbeck a bien œuvré avec nous sur ces améliorations. |
| WJ : Le spot a l’air justement très favorable aux kitesurfers moins aux windsurfers… FD : Le run de marée mi-haute est difficile pour les windsurfers, sauf éventuellement en travaillant sur le matériel pour permettre de naviguer avec des ailerons plus petits. En revanche, le run de marée haute est bien et un jour avec 45 à 50 nœuds de vent comme on en a quelques uns pendant les 3 mois qui viennent, tout est possible. Ce run de marée haute a un inconvénient, c'est qu’il est courbe, on a mis en place une série de chop killer (ndlr : barrière pour casser le clapot et rendre le plan d’eau le plus plat possible) qui fonctionne très bien. Si on fait une deuxième session, il faudra qu’on fasse 250 mètres de chop killer au milieu pour annuler la courbe. Si les tops windsurfers le veulent et sont prêts à venir, on le fera. Aujourd'hui, au milieu, même si c'est fortement amélioré par rapport à l'an dernier, c'est encore un peu agité des que le vent passe 40 nœuds… Résultat, windsurfers et kitesurfers remontent un peu au vent en première partie et abattent en deuxième partie. A ce jeu-là, un kitesurfer tire mieux son épingle du jeu car il a un plus gros potentiel d'accélération brutale. Une planche va accélérer progressivement au long des 500 mètres mais il lui faut une ligne droite. Alors on y travaille, Björn Dunkerbeck est ok avec ça et pense qu’avec cette ligne droite et un bon jour, ca peut aller très fort. Il a fait presque 45 nœuds un jour où le vent avait 10 degrés d’angle plus abattu que la normale sur le spot, a marée haute, dans 40 nœuds. Mais c'était le chantier au milieu. Les kitesurfers s'en sont mieux sortis car c'était très abattu. WJ : Les kitesurfers ont tout de même clairement marqué les esprits sur ces premières journées du Lüderitz Speed Challenge… FD : Oui, certains kitesurfers pensent que les windsurfers n'ont aucune chance, je ne partage pas du tout cet avis. Les windsurfers vont travailler sur le matériel, repenser certaines choses et surtout un jour de vent bien fort, avec le bon angle à Lüderitz ou sur le canal, Antoine Albeau ou Björn Dunkerbeck pourraient en surprendre plus d’un… Je pense aussi que les bateaux ne doivent pas être enterrés. Un Yellow Pages fait 46,52 nœuds dans 20 nœuds de vent, un bateau une fois et demi plus gros et plus coûteux certes, peut envisager de naviguer sans casser dans 5 nœuds de plus et monter au-delà des 50 nœuds. Je crois que la course entre les 3 catégories n'est pas finie, en fait elle ne fait peut être que commencer. Après les 50 nœuds, il y aura les 100 km/h. Ca parait intouchable mais le temps passe vite... L'enjeu médiatique sera tellement énorme que tous vont s'y atteler et ça sera passionnant !!! |