Windsurfjournal.com : De 1991 à 2004, tu as été "le patron" de la vitesse en windsurf avec notamment 3 records du monde successifs, quel regard portes-tu sur cette décennie de domination ? Thierry Biélak : J'ai commencé la planche à voile en 1980 à 24 ans et la première compétition de vitesse en 1984 à Brest. Il m'a fallu 5 ans avant de gagner ma première compétition de championnat du monde aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1989. Il a fallu beaucoup de ténacité et d'observation avant de bien comprendre le fonctionnement car je n'étais vraiment pas destiné à faire de la planche à voile et des compétitions !!! En effet, en parallèle de cette carrière dans le sport, j'ai toujours fait mon job de commercial. Par contre, j'étais robuste et j'ai pris cela comme un travail sérieux et de ce jour où j'ai gagné cette première compétition, je pense que ça m'a libéré. Pendant les 6 années suivantes, tant en championnat du monde, que pour les records du monde, je pense avoir été au sommet avec le matériel de l'époque. Je remercie des gens comme Nautix (20 ans de support) et ITV qui m'avait fait des voiles formidables pour l'époque. J’ai réalisé 3 records du monde de vitesse absolue à la voile toutes catégories, et le seul à l'avoir battu par trois fois : 43,06 nœuds le 7 mars 1991, 44,66 nœuds le 18 avril 1991, 45,34 nœuds le 24 avril 1993, j'avais 36 ans pour ce dernier record. Je pense que beaucoup ont trouvé que j'avais mis la barre assez haut, et de plus les grandes marques se sont désintéressées de la vitesse, c'était devenu la mode du freeride avec des voiles sans cambers et des planches plus faciles !!! WJ : Les "plus jeunes" ont pris le relais depuis 2005 avec Finian Maynard et Albeau Albeau dernièrement, que penses-tu de ce nouveau record porté à 49,09 nœuds ? TB : Finian Maynard a eu la volonté, comme moi avant, de vouloir relancer le record, et ça lui a réussi, puisqu'il a battu par deux fois le record du monde vitesse à la voile. Pour Antoine Albeau, j'avais dit dans une interview de Wind, il y a une dizaine d'années qu'il était le candidat potentiel, quel visionnaire j'ai été !!! Antoine est un vrai travailleur et sérieux, comme son père ! WJ : Après le record de Finian Maynard en novembre 2004 (46,82 nœuds), tu as définitivement tiré ta révérence, pour quelles raisons ? TB : L'âge a eu raison de moi, à 48 ans, la puissance physique a déjà diminué, pourtant j'avais repris un entrainement sérieux. Finian Maynard a 22 ans de moins que moi… |
| WJ : La pression semble être le lot des détenteurs de record du monde de vitesse, comment l’as-tu vécu de ton côté ? TB : Effectivement, quand j'ai refait la tentative sur le canal avec Finian, je me suis tellement mis la pression, que cela m'a conduit à l'échec, cela ne marche pas, cela bloque tout !!! Je vois que Finian a vécu la même chose avec moins de 46 nœuds alors qu'Antoine était à plus de 49 nœuds. Finian ne va pas moins vite qu'il y a 2 ans !!! Mais il a pris 3 nœuds dans la vue… WJ : Il y a eu une grosse coupure sur le canal pendant plus de 10 ans, penses-tu que ton record aurait pu bouger pendant ces 10 années s’il y avait eu d’autres tentatives ? TB : Il est clair que pendant les années 95, si les sponsors avaient suivi et si la vitesse avait toujours été à la mode, je pense que le record aurait été battu plus vite… WJ : Avec le recul et l’expérience que tu as dans le domaine de la vitesse, qui sont selon toi les favoris pour les 50 nœuds, les windsurfers, les kitesurfers, l’Hydroptère ? TB : La planche à voile reste un engin formidable et performant, et peut encore progresser et atteindre les 100 km/h. Le kitesurf est l'engin qui va progresser le plus et il est plus facile de trouver des plans d'eau adaptée à la vitesse. Les bateaux ont un potentiel énorme aussi, mais je pense qu'il n'y a pas eu vraiment la volonté de rechercher le record à part quelques projet ici ou là… En tout cas, je souhaite bonne chance à tous ces projets et à leurs capitaines ! |